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Lorsqu’il s’agit de produire une sorte de pop punk bruyante et totalement aseptisée, les Californiens sont vraiment doués. Surplus de soleil, imminence du Big One, syndrome de Peter Pan ? Pantacourts, chemises hawaïennes, Vivelle Dop Fixation Béton, de The Offspring à Bad Religion, le golden state en a vu passer, des adolescents attardés. Soyons néanmoins beaux joueurs : la saturation sonne trop propre mais les mélodies accrocheuses, on maîtrise. Et dans ce registre, Joyce Manor fait office de petit maître, dont l’aura – disque après disque – ne cesse de grandir. Mené par le charismatique Barry Johnson, le trio de Long Beach en est à son septième album, bourré de bombinettes soniques bien plus fines qu’il n’y paraît, et dont l’attendrissant visuel s’accompagne d’un intitulé légèrement mélancolique – I Used To Go To This Bar. Le bar a fermé, ou alors on est trop vieux pour s’y pinter, une page se tourne, j’ai encore soif, zut, soupirs. Toujours est-il que chez Joyce Manor, ce qui ne change pas, c’est leur extrême concision. Faites le compte : depuis 2011, ils ont publié 67 morceaux, pour une durée totale de 131 minutes, soit une moyenne de moins de deux minutes par chanson. Produit par Brett Gurewitz (Bad Religion), I Used To Go To This Bar ne déroge pas à la règle : introduction rapide en guise d’hameçon, deux mesures, un gimmick, alternance de petits couplets et de refrains, pont, refrain final, basta. Le truc, c’est que ça fonctionne hyper bien et qu’à l’oreille rien ne manque. Certes, l’esthétique sonore teen-movie peut rebuter (on se croit parfois dans la série Veronica Mars), mais avec du lâcher-prise, ça passe. On sort les briquets sur l’éruptif I Know Where Mark Chen Lives, on pogote sur The Opossum, on chante à tue-tête sur l’attachant Well, Whatever It Was. Gentiment bourrin ? Oui, mais pas que. Sur certains titres, le trio se rapproche de Weezer, Vampire Weekend et même The Smiths – arrangements malins, groove élastique, lyrisme étrange ; sur la ballade country All My Friends Are So Depressed on croirait presque entendre Morrissey – l’amertume dans la voix, toute cette amertume que l’on a quand l’illusion nous déserte. Un très bon cru.




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