17 février 2026 / Western et psychédélisme font-ils bon ménage ? Jan Kounen vous répondra par l’affirmative, mais au vu de l’accueil pour le moins mitigé réservé à son indigeste Blueberry, l’expérience secrète, l’on se contentera d’une moue dubitative. Stetsons, revolvers et peyotl figurent néanmoins au programme du cinématographique Top Of The Sinaï, évoquant la transformation d’un cowboy – aussi cupide que son époque – en chaman. Mieux vaut-il planer que flinguer ? Fort d’une production puissante, à la hauteur de l’ambition artistique qui sous-tend son projet, Jonathan Sellem se voit escorté par une bande de fines gâchettes (chantantes – tout le monde met la main aux chœurs) : le guitariste Joris Foucault, le claviériste Vincent Keyser, le bassiste Fred Devanne et le batteur Ludovic Diaz. C’est ainsi que – sous l’alias Child Of Ayin – le multi-instrumentiste franco-américain se lance dans une cavalcade de compositions au lyrisme indéniable. De l’épique folk song Hell is where the angels grow (l’on pense à Johnny Cash et Lee Hazlewood) à la rengaine country Dreamer like me (phrasé Bob Dylan), enrichie par un habile changement de tonalité, en passant par la tempétueuse complainte Rise (plus Eagles que Sixteen Horsepower, mais ça reste poignant) ou la ballade planante Make me sun (mood Jefferson Airplane), l’album délivre quelques moments d’anthologie, durant lesquels les astres semblent alignés. Dans son rôle de crooner du désert, Jonathan Sellem se donne à fond, à tel point que l’on verrait bien des morceaux tels qu’Eternal Child et Capitalika mis en scène à Broadway : en effet, Top Of The Sinaï fait preuve d’une théâtralité parfois étonnante, tout autant que le sont certains arrangements, à l’image du solo orientaliso-hispanisant de Mary. Gospel, garage, pub rock, boogie woogie, blues et tutti quanti, Child Of Ayin tire grandement profit des registres qu’il accommode à sa sauce – mais ici, point de spaghettis, Top Of The Sinaï a plus à voir avec Alejandro Jodorowsky. Lysergique.