19 février 2026 / Il semblerait que Yann Lafosse, auteur – sous l’alias My North Eye3 – d’un magnifique album, paru en octobre dernier et ici louangé (« VI se fait l’éloge (funèbre) du tremblement, de l’asphyxie, du sol qui se dérobe sous nos pas. »), ne puisse plus se séparer de son Tascam 388, mythique enregistreur analogique sur lequel il a – épaulé par le fidèle Nico Brusq – couché l’œuvre (au noir) de Timshel, le duo qu’il forme avec Sabine Dubois. Les disques lo-fi ont cette qualité de nous offrir à entendre les lieux dans lesquels ils ont été captés : dépassant l’audible, ils s’incarnent plus profondément dans l’imaginaire – la cuisine des Palace Brothers (There is No One What Will Take Care of You), le salon de Bruce Springsteen (Nebraska – à noter que le récent biopic Deliver Me From Nowhere est très regardable), la chambre d’hôtel de Sufjan Stevens (Carrie & Lowell). Il en va ainsi de l’hypnotique Contre, recueil dark-folk à l’origine indéterminée – cave ou grenier, on hésite. « Charrie les hommes d’argile / Noie les poissons au plus profond », chante Sabine sur la glaçante comptine Jordan, accompagnée par des cliquetis de chaîne. Plus loin, l’intense Je suis la glace : douze minutes de lenteur bourdonnante, portée par une épinette des Vosges et une guitare jouée à l’archet, crescendo post-rock, stridence, dissonance, cris libérateurs – éprouvant, salvateur. Contre est âpre, est exigeant, Contre se mérite et ne s’en cache pas, malgré des compositions plus accessibles, à l’instar de la complainte My Religion ou du mélancolique Tout contre toi, joué à l’harmonium. Quelque chose du Velvet Underground sur Les serpents sifflent, tout en drone et en mots, imagés, cinglants, poétiques ; Yann chante en anglais sur la ballade crépusculaire Entre livres et soleils ; Sabine s’époumone, on se demande bien à qui s’adresse Petit R. de merde. Cave ou grenier ? On ne le saura jamais. Peu importe. Les compositions de Timshel vibrent et palpitent et tumultent, elles apaisent, elles déconcertent, elles déconfortent – à distance, l’on perçoit un pouls qui bat fort, le cadavre du monde n’est pas encore mort.