23 février 2026 / Décousu mais intense, bordélique et racé, sans ligne directrice autre que le souffle vital qui l’anime, le nouvel album de Mandy, Indiana porte bien son nom : Urgh. Trois ans après l’inaugural I’ve Seen a Way, le quatuor mené par la French valkyrie Valentine Caulfield confirme les promesses entrevues en poussant les curseurs dans le rouge sanglant : empruntant à l’hyperpop son goût du compactage extrême – sans sourciller l’on passe de la noise à l’EBM puis au doom (la lambada démoniaque Magazine) –, les dix compositions de cet opus riche en digressions reflètent probablement les avanies récentes subies par certains membres du combo mancunien. Urgence de vivre, donc, urgence de tout dire, aussi. Le dire vite, le dire fort et le dire en français, ce qui ajoute un charme fou – Valentine a une présence vocale dingue mais, cerise on the gâteau (acide), laisse le micro à ce cher Billy Woods, sur un rétrofuturiste Sicko ! digne de clipping. Du dubstep mutant de l’introductif Sevastopol (basse saturées, cordes concassées ; d’emblée, la fièvre) à la lancinante mélopée A Brighter Tomorrow, Mandy, Indiana malaxe des décennies de musique électronique, en un véritable fantasme de producteur – percussions trafiquées, guitares samplées, chœurs collants ; le rageur Try Saying est une masterclass. Certes, le disque est inégal, en fait des caisses, ou perd le fil et sur la fin s’essouffle, mais quelle paire d’as que la tuerie Life Hex (électro + coldwave + indus) et la ritournelle magmatique Ist halt so, durant laquelle le kick rebondit sur chaque temps, rouleau compresseur rythmique : « Ils ont essayé de nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines ». Pas pour rien que Urgh a été enregistré entre Manchester et Berlin : drapé de noirceur, de groove poisseux et d’incandescentes expérimentations, il en est le bien turbulent héritier.