27 février 2026 / Éloge de la distraction. Parcourant rêveusement les sorties musicales de la semaine dernière, je me dis CHIC, un nouvel album de Cardinal, duo mythique formé en 1992 par Richard Davies et Eric Matthews, dont nous sommes sans nouvelles depuis plus d’une décennie. Je lance Masquerade, et dès l’introductive She Makes Me Real, pop song électrifiée évoquant Ash et Teenage Fanclub, je m’intrigue. Voix croassante à la Jay Mascis, mélodie décontractée, le son est sec et néanmoins touffu, chanson jubilatoire, plaisir immédiat, sauf que ça ne colle pas avec le souvenir que j’avais de Cardinal. Bah oui, je suis un peu débilos. Pour l’anecdote, sachez qu’un jour dans ma jeunesse j’ai confondu J.J. Cale et John Cale, ce qui m’a valu d’acheter Number 10 en lieu et place de Fragments of a Rainy Season, et de me demander à chaque écoute où était passé le piano promis dans la chronique des Inkrokuptibles. Une fois révélée la méprise, j’ai jeté la cassette audio de J.J. Cale à la poubelle, pour enfourcher mon VTT et rouler jusqu’au centre Leclerc, afin de réparer mon erreur. Dans la vie, on paie pour apprendre. Et on pédale, aussi. La plupart du temps, dans la choucroute, mais c’est une autre histoire. Quittons les rives de la Charles River pour celles du fleuve Lee, direction Cork, le berceau des Cardinals avec un s : après quelques singles en guise d’échauffement, le quintette irlandais passe à la vitesse supérieure et nous offre un premier long format d’une fraîcheur tout à fait réjouissante, agrémenté d’accordéon et de violons, rock agricole à la sauce british. Celte un jour, Celte toujours ! Par contre, hormis sur le simili country punk Anhedonia, point de Pogues et autres Waterboys à l’horizon : la ballade Masquerade oscille entre Fontaines D.C. (la scansion bravache) et Pavement (le mood laidback), le slow I Like You se fait le cousin germain du New York I Love You de LCD Soundsystem, la cavalcade Over At Last conjugue l’emphase d’Arcade Fire avec les bougonnements d’Arab Strap (Arcab Strapfire ?) – on a connu influences moins avisées. Certes, l’ensemble est imparfait, à l’image du pompeux The Burning of Cork (Muse, sors de ce corps !) et du cul-terreux Big Empty Heart, mais s’avère terriblement attachant, ne serait-ce que par sa coolitude middle-of-the-road. Ni effusion spectaculaire, ni poses outrancières, Cardinals a le flegme taquin de celui qui, conscient de son charme discret, sait ménager ses effets – un Masquerade sans mascarade, voilà de quoi nous réconcilier avec la patrie de James Joyce et de Bono.