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Comment évoquer le Saguenay sans parler de la hype – surprenante, néanmoins réjouissante – Angine de Poitrine ? Facile. Quitte à flâner sur les berges du lac Saint-Jean, penchons-nous préférablement sur le bouillonnant premier opus de Marie Céleste, dans lequel cinq amis d’enfance, riches de références bigarrées (toune pop 80s, chanson folk traditionnelle, jazz, EDM) et multi-instrumentistes émérites, parfois comparés à Karkwa ou Harmonium, ont jeté l’entièreté de leurs forces vives. Eux-mêmes en interview le disent, voici venir « l’album d’une vie ». Une vie courte, sachant que les musiciens ont (à peine) passé la vingtaine, mais une vie à folle allure, si l’on se fie au maximalisme à l’œuvre sur les treize compositions de l’excellent Tout ce qui brille. Courte digression : pourquoi n’avons-nous en France – où tout sonne fallacieux, fade et faux – aucun équivalent de cette variété hybride, accessible et absolument sincère ? Peut-être prenons-nous la chanson trop au sérieux, peut-être jouons-nous comme des patates, peut-être sommes-nous écrasés par le poids des grands anciens, ou alors : un peu moisis, un peu morts, somnolant à l’intérieur – pas doués pour le premier degré, nous camouflons notre impéritie sous une couche de dérision. Tout l’inverse des chanteurs paroliers Simon Duchesne et Philippe Plourde qui, avec une candeur désarmante, se livrent à cœur ouvert – si sophistication il y a, elle se glisse dans les arrangements, inventifs, foisonnants, échevelés ; le reste ne sera que pur naturalisme. Dès l’inaugurale Ciao bye bonsoir !, merveille de pop orchestrale, insouciante, fiévreuse et bordélique, oscillant entre Robert Charlebois et Arcade Fire, on sait qu’on va s’ébahir. Il y a certes un cap à passer, la péninsule de la grosse variétoche en français, mais quel plaisir que de suivre l’exubérant quintette d’Alma dans ses aventureuses pérégrinations : Combien de temps ? s’irrigue de zouk et de samba, l’attendrissante mélopée 2 Goélands lorgne vers Monogrenade ou Patrick Watson, la psychédélique La Lumière et ses harmonies vocales gospel rappelle le Michel Fugain du Big Bazar. La fougue, l’ivresse, l’instinct, le tout baignant dans une euphorie béate qui franchement fait du bien : chanteurs brillants, production au diapason, textes optimistes – presque une anomalie, dans ce monde où paraissent ridicules les émotions simples. Lorsque l’on porte son cœur autour du cou comme un sautoir, il ne faut pas s’étonner que les gens s’en servent comme un crachoir : à charge pour Marie Céleste et leur fabuleux Tout ce qui brille de faire mentir cet adage sorti de nulle-part.




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