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Sur le papier, deathcrash a tout pour (me) plaire : étiqueté slowcore, post-rock et emo (dans sa définition actuelle, qui a peu à voir avec celle – avrilavignienne – des années 2000), le quatuor formé en 2019 se voit rattaché à la scène de South London et des groupes tels que Black Midi et Black Country, New Road, dont ils se distinguent toutefois par une sobriété louable, qui malheureusement pourrait être leur talon d’Achille. Cet attendu et prometteur troisième album commence bien, avec l’inaugurale Somersaults, ritournelle apaisée qui lentement se construit par empilement de couches sonores – scansion à la Arab Strap pour le chant, parfois doublé, la mélodie se développe mais jamais n’insiste, l’humeur est sereine ; éloge de la patience. On sent d’emblée que ce disque aura besoin de toute notre attention, qu’il faudra se montrer disponible pour en goûter les charmes. La rengaine mi-Pavement (le groove) mi-The Strokes (le phrasé) NYC, emphase décontractée, guitares saturées et final choral ; la lumineuse comptine CMC, harmonies vocales, violons, piano jouet, romantisme à la The National ; la ballade grungy Triumph – tout concourt à faire de Somersaults un opus facile à aimer. Là où d’autres forceraient le trait et se montreraient plus expressifs, deathcrash prend son temps, retient ses coups, ménage ses effets – jusqu’à engendrer de la frustration : à force d’enchaîner les ballades entre chien et loup, l’on se prend à rêver de ruades, telles qu’immortalisées sur le mythique Spiderland de Slint, maître étalon en la matière. En ce sens, deathcrash se rapproche plus de Ventura que du Mogwai des débuts, époque Young Team : rarement dans le rouge (hormis durant le final épique de The Thing You Did, il était temps !), le groupe mené par Tiernan Banks semble proscrire les émotions fortes. Au programme, ni joie ni colère ni mélancolie, mais un perpétuel entre-deux feutré, contemplatif, codéiné, parfois monotone, dont la beauté discrète se diffuse au compte-gouttes, au point d’en devenir inaudible. Voilà un album qui se mérite tout autant qu’il nous mérite : à charge pour nous de faire le premier pas.




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