14 avril 2026 / Reader’s Digest. Le troisième album de Edgär condense le meilleur du rock des années 2000, à savoir des saillies post-punk d’une redoutable efficacité (Enemy, Interpol sous speed), des pop songs électrifiées ultra catchy (Cracks, flegme dandy digne des Strokes) et des envolées lyriques à même d’enflammer un stade (Dragons, cavalcade dont la grandiloquence évoque Muse). Dans sa quête du refrain qui tue, le duo amiénois met toutes les chances de son côté : interprétation fiévreuse, mélodies entêtantes, sens de l’épique, Antoine Brun et Ronan Mézière s’autorisant même quelques aventureuses digressions, comme ce pont acidulé à la A-Ha sur Cracks, le lyrisme hard FM du final de Big Mouth ou le chaloupé Mister G. Il n’en reste pas moins que le cœur sombre de Behind The Wall réside dans son chant, qui avec pugnacité survole des compositions tranchantes – montagnes russes, ces harmonies vocales, ces chœurs entremêlés, ces airs entêtants. Et puis il y a cette mélancolie qui vous colle à la peau : l’on perçoit chez Edgär quelques réminiscences emo, mais c’est à Placebo que l’on pense, pour ce sentiment d’urgence, intense jusqu’à la brûlure, qui irrigue les onze morceaux de Behind The Wall. Certes, durant la courte complainte Human Jungle, le duo met le couvercle sur la rage qui l’anime, mais elle ne semble jamais loin, cette rage – derrière le mur, elle gronde, comme un orage.