15 mai 2026 / Le premier mérite des Toulonnais d’El Botcho est de toujours vouloir se surpasser à une heure où vivre de la musique en France reviendrait parfois à se mettre la corde au cou. Se surpasser sans jamais renier, même après quatorze ans d’existence, une certaine idée du rock indé vintage qui fait aujourd’hui un peu défaut : sans autre revendication que la beauté du geste, le désir de partager une inspiration – comme si le groupe mené par Alex Telliez-Moreni nous racontait le quotidien de musiciens écrivant des chansons peut-être trop cool pour une époque qui ne les mérite pas. Ce qui n’empêche pas El Botcho de montrer les dents, de se rebiffer, mais comme hier les Pixies, Pavement ou Sebadoh : avec la pudeur de jeunes gens qui refusent d’en faire trop. D’ailleurs, nous vivons au sein du « pire des hommes », annonce cet EP cinq titres, beau comme une Jazzmaster tout juste sortie de chez le luthier. Mais chez El Botcho, le constat se fait sans amertume : pourquoi virer morose quand tourbillonne ici une ribambelle de guitares surf et romantiques qui transforme l’écoute du disque en un trip sonique absolument requinquant (à ce titre, La pluie est un peu le Instant Street d’El Botcho) ? De la pop moderne, agile de corps et d’esprit, jamais satisfaite comme on l’aime, qui réussit même parfois, consciemment ou non, à converser avec Godard. Le Chais pas comment d’El Botcho vaut bien il est vrai le « Chais pas quoi faire » d’Anna Karina dans Pierrot le fou, à une époque pas encore gangrénée par le pire des hommes.
Sur ce même site, en 2016, au moment de la sortie du troisième album d’El Botcho, Tree Is a Tragic Number (que l’on croyait posthume), nous écrivions qu’El Botcho était notre groupe français préféré depuis 2012. Le pire des hommes ne nous a pas fait changer d’avis.