12 juin 2026 / Pour comprendre le vertige de cet album, il faut accepter de perdre ses repères. La boussole que vous tenez dans votre main hésite entre le Bruxelles surréaliste de Magritte, le New York nineties des japonaises de Cibo Matto ou le quartier de Brixton à Londres, où l’irréverence british croise chaque jour et chaque nuit la créativité survoltée d’une communauté jamaïcaine à l’origine d’un carnaval aux basses insensées.
Et dans cette géographie libérée, ce sont aussi les machines de Björk qui s’invitent à la table. Maud Octallinn (ici brillamment accompagnée entre autres par S.O.A.P) possède cette même audace, cette façon de tordre les structures électroniques pour en faire des objets organiques, presque magiques. Mais cette complexité n’est jamais froide ni prétentieuse, car elle vient immédiatement se fracasser contre une fraîcheur pop, une insolence et une ironie plastique qui rappelle celle de Lio . On retrouve dans Dramadanse ce sens du contre-pied, un pied de nez au sérieux du monde qui rit de ses propres déboires pour ne pas boire la tasse.
C’est une musique qui transpire, une invitation à exorciser la grisaille par le rythme. C’est un album presque indécent de liberté en ces temps moroses, qui nous balance sa lumière en pleine face et nous force à danser chaloupé au bord du précipice.