13 juillet 2026 / [trigger Warning]. Imaginez le truc : une mélopée hard-rock d’une durée de douze minutes, jouée très lentement et architecturée à partir de quelques notes de guitares distordues laissées en suspens, permettant à un chant – épique – de déployer toute sa puissance plaintive. Saturation contemplative, section rythmique patiente, minimal-psychédélisme vaporeux, ainsi s’ouvre Rituals of Shame, le nouvel album de Warning, dont nous étions sans nouvelles depuis une vingtaine d’années. Question du fond de la classe, posée par EnjoyPhenix : ce disque est-il la bande-son d’un film médiéval fantastique des années 80 ? Oui, le lecteur (ultra-pointu) de Magic RPM passera son chemin, mais je dois admettre qu’on se laissera (à l’usure) happer par l’interprétation vigoureuse de Patrick Walker – au cœur de tout. Dès lors que nous surmontons notre aversion pour la grandiloquence, à nous la vallée des ténèbres intérieures, la noirceur, les profondeurs – le doom. Monotone tout autant qu’hypnotique et tournant sur deux accords, Stations avance au ralenti dix minutes durant, ne décolle jamais. C’est la grande force des Anglais que de ne jamais céder à la facilité – aux envolées prévisibles. Si lyrisme il y a, il frappe à l’intérieur du corps. Chacune des cinq compositions de cet opus singulier – rehaussées par de superbes harmonies de guitares électriques – assume cette étonnante retenue, contrebalancée par une solennité parfois fatigante, mais emplie de sincérité. Pour peu que l’on soit sensible à ce registre diffus, le vénéneux Rituals of Shame s’avère – très franchement – passionnant.