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Last Light, la pièce maîtresse qui conclut le nouvel album de Neurosis, s’étire sur pas moins de seize minutes. Lente montée de guitares noise sur fond de bourdonnements, de vibrations et de double kick, l’on glisse du post-rock au drone, un chant apaisé succède aux hurlements, puis les percussions se noient dans un nuage shoegaze – magistral. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance, pour le combo formé à Oakland dans les années quatre-vingt, qui n’avait plus sorti de disque depuis Fires Within Fires (2016), produit par le regretté Steve Albini. En 2019, les Californiens se sont séparés de leur chanteur historique, Scott Kelly, coupable de violences domestiques et remplacé par l’ancien frontman d’Isis, Aaron Turner. Zone de turbulence, donc, surplombant une décennie de silence. Il n’en reste pas moins que ce douzième opus est d’une rare ambition – une heure durant, les Neurosis font preuve d’une maîtrise tout bonnement ahurissante, qui les voit manier le feu et la glace, marier les guitares et les claviers, bourriner comme des malades et se montrer d’une finesse remarquable, à l’image d’un Mirror Deep incandescent tout autant qu’atmosphérique. Côté pile, du hardcore mâtiné de noise, de doom metal et de grunge (oui, du grunge ! À mon sens, l’épique Blind sonne comme du grunge au ralenti) ; côté face, du post-rock, du prog-rock et des claviers planants – syncrétisme nourri d’harmonies vocales brillantes, d’entêtants motifs répétitifs et de riches à-plats mélodiques, tel que sur le lancinant First Red Rays ou le fragile In the Waiting Hours. Sur cet An Undying Love for a Burning World au long cours que plus personne – depuis la mise à l’écart de Scott Kelly – n’attendait, l’équilibre est au cœur de tout ; c’est ici une véritable science, au service d’une sensibilité en mouvement perpétuel. Noblesse sonique.




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