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Un beau jour, on ne sait pas trop quand, mais très récemment, les artistes ont décidé d’écrire leurs flamboyants patronymes en lettres MAJUSCULES. Les acronymes, on comprend, mais pour le reste, aucune idée de pourquoi, sauf à vouloir se démarquer de la concurrence, puis moutonner. Ensuite, sont apparus les artistes aux patronymes sans lettres majuscules. Les lettres majuscules, ça manque de douceur, c’est affirmatif, voire totalitaire, et en plus ça consomme de l’encre, supprimons-les. Tout ceci s’appliquant désormais également aux titres des chansons, nous voilà – tentant de ne froisser personne, et surtout pas la si sensible scène Midwest emo contemporaine – à jongler, dans nos chroniques, avec la typographie. Soupirs. Il en va ainsi de la californienne underscores, chantre d’une hyperpop qui… HYPERPOP ??? Je n’en peux plus, de l’hyperpop !! L’hyperpop, ça consiste à vider dans une casserole le contenu de son garde-manger et tout faire bouillir à 200 degrés, sans se préoccuper de la texture et du goût. Le goût, on s’en fout. L’objectif, c’est pas que ce soit digeste, c’est de synthétiser dans un format court le maximum de registres musicaux. Limite, l’hyperpop, c’est du sport. Mais si c’est du sport, alors c’est de la gonflette. Artistiquement, ça donne des geeks plantés sur une chaise devant leur MacBook, occupés à tripatouiller le logiciel GarageBand, ça donne des morceaux aux sonorités synthétiques qui se ressemblent tous, ça donne du name-dropping électronique stérile, destiné à une génération incapable de se concentrer plus de trois secondes. De la putain de muzak composée au kilomètre, au clavier et à la souris – demain, sans que personne ne s’en émeuve, l’IA prendra le relais et nous débarrassera de ces faussaires. Mais en attendant, puisque ce U – publié en mars dernier et classé chez AOTY dans la rubrique « Albums that will be the next generation’s reasons as to why they were born in the wrong generation » – est destiné à truster les bilans de fin d’année, ne faisons pas la fine bouche, je m’y colle. D’une part, il y a que j’aime prendre le pouls de l’époque – aussi irritante soit-elle - et, d’autre part, April Harper Grey affirme avoir injecté dans les neuf compositions de son troisième opus une bonne dose de dubstep – je n’en suis pas fier, mais le dubstep ne me laisse pas insensible. Skrillex dans la bande-son de Far Cry 3, quelle tuerie ! Sauf qu’ici, le dubstep est dilué dans une soupe dance-pop digne de Katy Perry (Tell Me (U Want It) ou mâtinée de future bass (le kawai Music). Niveau influences, on puise dans les années 2000 et 2010 : l’anecdotique Do It rappelle les Black Eyed Peas tandis que, frontale et sinueuse, Hollywood Forever évoque Kesha – on se laissera happer par la virtuosité du dispositif, qui nous maintiendra éveillé jusqu’au minimaliste et néanmoins ample, The Peace, quasi a cappella sur fonds de basses vrillées. On se dit que l’on tient peut-être un truc, un petit truc, que l’album démarre enfin, qu’underscores va nous donner tort. Bah non. À compter de Innuendo (I Get U), sorte de RnB 2.0 teinté de hip-hop, le soufflé retombe, définitivement. Ni inventif, ni original, à l’image des productions Soundclound destinées à illustrer les saynètes gênantes qui inondent les réseaux sociaux, l’ultra-référencé U fait toutefois preuve d’une belle énergie : à vérifier en octobre prochain au Trabendo. [Conseil de Balthazar P. : n’hésitez pas à spéculer sur les billets – tout en vous enrichissant éhontément, vous sécherez les larmichettes de quelque TikTokeur imprévoyant.]




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