3 août 2026 / L’intitulé du premier album d’Haxovox soulève un paradoxe, rappelant que l’art se nourrit de contrastes. Danser, danser au vent, sur une scène ou une plage déserte, au pied des vagues, imperméable aux embruns et au regard de l’autre, exprime une liberté telle que celle d’Isadora Duncan, immortalisée – en 1905 sur une plage de Long Beach – par le philologue allemand Arnold Genthe. Encagée, circonscrite, corsetée, la danse – vie de l’esprit d’un corps plus profond – n’en reste pas moins sauvage, quand bien même l’espace se réduit. Il y a que la chair, ne serait-ce qu’en esprit, voyage. Des millimètres aux années-lumière, la gestuelle est la même – sonder l’âme, capter la pulsation primordiale, transcender l’instant présent, peu importe le carcan. Il en va ainsi de Danser dans les cages, enregistré ces dernières années entre Lille et Paris : si le duo – épaulé par Noélie Amiot (chœurs) et Marie Bourdellès (saxophone) – se répartit un riche instrumentarium, il revient à Yekta d’interpréter les textes qu’il écrit, parfait contrepoint aux programmations ciselées de STPo. Il s’en vêt, blafard, il déambule, incandescent, il les hante. Pas pour rien que le visuel énigmatique signé Étienne Orsini se fasse le reflet fantomatique des douze compositions d’un opus alimenté par les marges nocturnes chères à Huysmans ou Strindberg. S’ouvrant sur l’instrumental dark folk Station Léviathan, nourri de drone, de collages sonores et d’arpèges réverbérés, Danser dans les cages – creusant l’abîme, égrenant l’ombre, épluchant la noirceur – est un pandémonium de sensations troublantes. New wave, jazz, noise, post-rock, metalcore, Haxovox convoque les Cure tout autant qu’Also The Trees, à l’instar du foisonnant Derrière des poignées froides ou de l’oppressant Sur une perte d’équilibre. Les structures évolutives, patientes, lancinantes, agrémentées d’étonnantes guitares électriques hard-rock, offrent à la voix de Yekta un écrin parfait, entre spoken word fiévreux, déclamations habitées et mélodies incandescentes : ici, on est bien loin, et bien au-dessus, du tout venant pseudo-poétique, qui se contente de marmonner des textes pauvres sur des instrumentaux balisés. Danser dans les cages respire la passion, prend des risques, inspire le respect – un modèle du genre. Si cages il y a, elles sont ici ornements, ou incitations à voir au-delà. Telle est la poésie.