17 août 2026 / Dans une récente chronique consacrée à Death Cab For Cutie, nous évoquions la défection du multi-instrumentiste Chris Walla, membre originel du groupe américain et producteur pour Nada Surf, The Decemberists ou Rocky Votolato. Synchronicité digne de William Burroughs oblige, alors que j’écoute le très plaisant Singin’ To An Empty Chair, au moment même où je me félicite du travail soigné accompli sur le son des guitares, ainsi que de la tonalité du disque – l’ensemble est frais, accessible, optimiste –, il apparaît que Christopher a collaboré avec les Ratboys, leur permettant d’enregistrer un sixième opus à l’ambition mesurée – morceaux longs, dénués d’affectation – et à l’atmosphère authentique tout autant que lettrée. À cheval entre années 90 électrifiées et americana borderline, sans surprise, ça fonctionne. Formé en 2010 à Chicago, le quatuor mené par la chanteuse Julia Steiner et le guitariste Dave Sagan tire son patronyme d’un surnom attribué à Julia durant ses années de lycée. Sympathique. On a les camarades de classe que l’on peut… Ouvrant sur la lumineuse ballade country-folk Open Up, lent crescendo ligne claire avant l’irruption d’une six-cordes énervée, les Ratboys enchaînent les compositions indie-rock (Know You Then, on se croirait sur MTV), power-pop (l’entêtant Anywhere) et alt-country (Penny in the Lake, délice que ces chœurs à la tierce), se permettant d’écrire de longues ballades ouatées, parées de piano réverbéré et propices à la rêverie, à l’image du somptueux Just Want You to Know the Truth, huit minutes en apesanteur. À l’opposé du spectre émotionnel, se niche une petite tuerie indie-rock portée par un beat métronomique et des motifs répétitifs (What’s Right ?), ou une rengaine country-rock psychédélique, aussi vaporeuse qu’étirée et hypnotique, véhiculant son intitulé (Burn It Down) comme un inquiétant mantra. On pense parfois aux éclectiques Yo La Tengo (Light Night Mountains All That), mais également à Wilco et American Football – nobles références, qui n’occulteront pas les particularités du quatuor de Chicago : un goût certain pour les montées Midwest emo et les séances d’improvisation, sans oublier la signature vocale de Julia. Voix de tête singulière, légèrement chevrotante, parfois limitée, elle pourra dérouter l’auditeur mais incarne à merveille une vulnérabilité assumée, qui donne toute sa force – et son identité – au disque. Avec le solide Singin’ To An Empty Chair, les Ratboys confirment qu’ils sont une valeur sûre du rock indépendant actuel.