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L’été, saison des chroniques de rattrapage. Vous me direz, pourquoi s’attarder sur le nouvel album de Grace Ives alors qu’Olivia Rodrigo n’attend que de se voir louangée par ADA ? Las, laissons la talentueuse Olivia poursuivre sa tournée des hospices (Robert Smith) et des asiles (Billy Corgan), pour mieux nous concentrer sur les onze compositions d’un Girlfriend mixé par rien de moins que Dave Fridmann. Niveau street-cred, la présence aux manettes du bassiste de Mercury Rev est imparable, mais cela suffira-t-il à éloigner les mauvaises langues, accusant Grace d’être – telles en leurs temps Clairo et Lana Del Rey – une énième industry plant ? Oui, ses parents exerçant dans le cinéma et la musique, la New-Yorkaise, passée par la School of Rock, a grandi dans un milieu favorable à l’épanouissement artistique, mais elle aurait néanmoins respecté (ou subi) le triptyque « maquettes enregistrées dans la chambre / EP que personne n’écoute / concerts devant un maigre public ». Premier opus en 2019, le malicieusement nommé 2nd posera les bases d’une bedroom pop lo-fi aussi compacte que concise (12 titres, 22 minutes), qui fera florès – infusée de R&B et d’orchestrations percutantes – sur son successeur (Janky Star, 2022), à la suite de quoi les portes du showbiz s’entrouvrent. Signature sur un gros label, premières parties de Lykke Li, un troisième long format (relativement) attendu et, à l’horizon, l’ouverture des tournées de Gracie Abrams et Olivia Rodrigo (oui, encore elle). Bémol : à l’écoute de Girlfriend, le mot valise qui me vient à l’esprit est – si tant soit peu ça a du sens – epic-minimalist. Ici, l’ambition ne réside pas dans la production, plutôt dépouillée, ni dans les références, proprettes, ou dans les mélodies, loin d’être mémorables, mais bien dans la narration, qui voit la multi-instrumentiste se livrer sans fard sur des sujets aussi sensibles que l’addiction (la comptine dreampop Drink Up, oscillant entre Billie Eilish et M83), la sobriété retrouvée (la catchy Trouble) ou les relations affectives périlleuses (Avalanche, très crue). Désormais installée en Californie, l’attachante Grace jette un regard lucide et néanmoins tendre sur sa (jeune) vie passée : en guise d’exutoire, mariant synthpop, shoegaze et dance-punk, elle conclura son album sur le fougueux Stupid Bitches. Tout un programme. Malheureusement, l’absence de chanson-qui-tue fait que rien ne ressort de l’ensemble, hormis ses défauts – les grosses ficelles de la ballade My Mans, les violons en plastique de Dance with Me, le mood R&B 00s ringard de Garden. Pas de quoi fouetter un chat, mais pas non plus de quoi tutoyer les sommets : si l’exorcisme est consommé, la grand-messe pop reste à dire.




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