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Dans la série « avant d’écrire des conneries, pense à lire la feuille de presse », je viens probablement de battre un record. Ma chronique était quasiment terminée. J’y expliquais avec un aplomb dont je ne suis malheureusement pas peu fier que Fulbert entretenait une troublante proximité avec Tue-Loup et Xavier Plumas. Je poussais même le vice jusqu’à évoquer Black Maria, expliquant qu’à l’instar de ce groupe qui marchait dans les pas de Noir Désir, Fulbert semblait suivre ceux de Tue-Loup. La démonstration me paraissait imparable... ...jusqu’au moment où, en cherchant le nom du label pour récupérer le lien d’écoute, je me suis enfin décidé à ouvrir la feuille de presse.

Fulbert, c’est Xavier Plumas.

Autrement dit, je venais de reprocher à Xavier Plumas... de copier Xavier Plumas.

Il est des jours où il vaut mieux refermer discrètement son ordinateur, sourire de sa propre bêtise et repartir de zéro. Cette mésaventure rejoint d’ailleurs celle, toute récente, où j’avais cru recevoir un nouvel album de The Thugs avant de découvrir qu’il s’agissait d’un groupe américain homonyme. Comme quoi, l’enthousiasme est parfois une qualité... mais rarement un gage de lucidité.

La bonne nouvelle, c’est que mon erreur disait malgré tout quelque chose de juste. Il suffit de quelques mesures pour reconnaître cette manière si particulière d’habiter une chanson. Une écriture qui préfère les demi-teintes aux effets de manche, une voix qui semble toujours avancer avec pudeur, comme si elle cherchait davantage à accompagner l’auditeur qu’à le convaincre. Certaines signatures traversent les décennies sans perdre leur identité, Xavier Plumas fait incontestablement partie de celles-là.

Né au milieu des années 2000 (mais vous comprenez donc que je suis passé totalement à côté), Fulbert poursuit aujourd’hui son chemin avec une remarquable discrétion. Pour Les Anges Nomades, Xavier Plumas s’entoure de Doctrovée Bansimba et de Pierre Lambla, deux artistes dont la présence enrichit naturellement son univers. Chanteuse et peintre, Doctrovée Bansimba apporte sa voix à plusieurs morceaux et signe également la toile qui orne la pochette du disque. Une double présence, sonore et visuelle, qui donne au projet une cohérence presque organique. Pierre Lambla, de son côté, distille ses interventions avec une élégance discrète, toujours au service des chansons plutôt que de la démonstration.

C’est sans doute ce qui fait la singularité de cet album. La folk qui irrigue ces morceaux semble profondément enracinée dans les paysages de l’Ouest, mais elle regarde sans cesse vers d’autres horizons (Funny Days magistral piège, chanson qui va vous coller au cerveau pour longtemps). Des couleurs venues d’ailleurs, notamment africaines, traversent le disque avec une remarquable délicatesse. Rien n’est plaqué, rien ne relève de l’exotisme facile. Les influences se rencontrent comme les voyageurs se croisent au détour d’un chemin, avec cette évidence qui ne demande aucune explication.

Les chansons avancent avec une sérénité désarmante. Elles prennent leur temps, observent le paysage, acceptent les détours. Ici, les silences comptent autant que les notes, et chaque respiration semble avoir été pensée pour laisser l’émotion trouver sa place. Cette lenteur n’a rien d’une posture contemplative ; elle relève plutôt de la marche, celle où l’on comprend que le voyage importe davantage que la destination.

La reprise de Gérard MansetLa Neige est blanche, trouve naturellement sa place dans cet itinéraire. Reprendre Manset est toujours un exercice délicat tant son univers paraît impossible à habiter autrement que par lui-même. Fulbert choisit l’humilité. Le morceau conserve son mystère tout en s’intégrant avec une étonnante évidence au reste de l’album, comme une halte sur un chemin qui semblait déjà tracé.

Au fond, cette chronique aura commencé par une erreur pour mieux confirmer une évidence. Si Fulbert m’a immédiatement fait penser à Xavier Plumas, c’est parce qu’un artiste qui possède une véritable écriture finit toujours par devenir reconnaissable avant même que son nom n’apparaisse sur la pochette. Peu d’auteurs peuvent se prévaloir d’une telle empreinte.

Mais Les Anges Nomades n’est pas seulement le prolongement d’une œuvre. C’est aussi la démonstration qu’une rencontre peut enrichir un univers sans jamais le dénaturer. La voix et l’univers pictural de Doctrovée Bansimba, les interventions de Pierre Lambla, ouvrent les chansons de Xavier Plumas à d’autres paysages, à d’autres lumières. Une musique qui avance avec la modestie des grands voyageurs : ceux qui savent que l’essentiel n’est pas d’aller loin, mais de revenir transformés. Comme une bande son originale du Western de Manuel Poirier.




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