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Il y a quelque chose de presque maladif dans cette musique. Une manière de déformer notre perception de l’espace, comme si les murs se rapprochaient lentement de nous à mesure que les morceaux avancent. Fans and Fabricators donne immédiatement le ton. Impossible de savoir si l’on se trouve dans un bunker, un tunnel de métro new-yorkais ou dans les derniers mètres d’un rêve qui tourne au cauchemar.

Le duo formé par Matthew Hord et Ian Campbell construit un univers où le post-punk, l’industriel, les pulsations électroniques et les fantômes du krautrock semblent avoir été enfermés dans une même pièce sans la moindre source de lumière. Tout respire le béton humide, l’acier froid, les architectures qui finissent par dicter leur loi à ceux qui les habitent. Ce n’est pas une musique qui décrit une ville ; c’est une ville qui compose sa propre musique. On comprend rapidement pourquoi New York irrigue l’album de bout en bout.  Difficile de ne pas imaginer le fantôme de Mark E. Smith réenregistrer, à sa manière, quelques classiques de Suicide, quelque part dans une salle dont les néons auraient définitivement cessé de fonctionner. Les morceaux ressemblent à une succession de mantras déclamés par un homme enfermé dans une sorte de purgatoire pixélisé, où les machines auraient fini par prendre le pouvoir sans jamais totalement effacer l’humain. Une atmosphère de fin du monde flotte constamment au-dessus du disque. On imagine aisément les images du dernier plan de La Planète des singes, Charlton Heston avançant sur une plage devenue le cimetière de notre civilisation, tandis que ces rythmes obstinés continuent de battre comme si plus personne n’était là pour les entendre. Cette sensation est d’autant plus troublante que rien n’est jamais appuyé. (Hard Out) avance avec une économie de moyens presque minimaliste, comme si les premiers balbutiements de Depeche Mode avaient choisi de s’enfoncer définitivement dans les ténèbres pour une ultime danse macabre.

Vibra Corridors donne l’impression d’avoir été enregistré dans l’arrière-salle d’un cabaret dont les derniers habitués auraient oublié jusqu’à l’existence du soleil. Les textures se frottent les unes aux autres, grincent, se contaminent, pendant que les voix demeurent à distance, prisonnières d’une réverbération qui les rend plus inquiétantes encore.

Puis vient Local Bodega Systems. Une marche du condamné vers la potence. Le narrateur semble vociférer contre une foule de spectateurs transformés en simples voyeurs, incapables d’intervenir, condamnés à assister à la chute comme ils regarderaient un spectacle de plus. Rarement un morceau aura donné avec autant de force cette impression d’inéluctable. Hard Out n’est pas un disque qui cherche à séduire. Il préfère installer un malaise persistant, presque physique. Derrière ses lignes minimalistes et ses rythmiques hypnotiques se cache une vision profondément désenchantée de notre époque, où la technologie, le béton et les machines semblent avoir définitivement pris l’ascendant sur les émotions. Une bande-son idéale pour observer la fin du monde... à condition d’accepter que les lumières ne se rallument jamais.




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