26 août 2026 / Formé à New Bedford (Massachusetts) en 2006 à l’initiative de Nick DiSalvo, seul membre originel en activité, et puisant à ses débuts dans le stoner tout autant que le doom metal, Elder a – disque après disque – élargi son répertoire, jusqu’à devenir un solide représentant de la scène progressive. Influencé par les Pink Floyd, King Crimson et autres Yes, le groupe se devait de se frotter à la scène expérimentale allemande, NEU ! et Can en tête : un déménagement à Berlin et un remaniement de personnel plus tard, les voilà plongés dans le temple des musiques répétitives – inutile de préciser que sur leur septième album au long cours, le bien nommé Through Zero, ça s’entend. Le disque s’ouvre sur la cavalcade Sigil to Ruin, teintée de heavy metal psychédélique, de post-rock et de jazz-fusion : groove tranquille, lyrisme apaisé, nulle virtuosité gratuite, le chant planant de Nick DiSalvo survole ponts lumineux, brumes shoegaze et discrètes ornementations synthétiques – un voyage de dix minutes particulièrement convaincant. Plus loin, porté par une section rythmique tellurique, Capture / Release se fait plus mordant, tandis que l’étonnant morceau éponyme, kaléidoscopique jusqu’à nous rappeler les Smashing Pumpkins, nous plonge dans une contemplation rêveuse – ici, les variations de registres glitchent toutes seules, sans que l’on y prête attention. Ainsi ce Strata classieux, qui démarre sur du velours – au programme, arpèges, delay, reverb – avant de s’engager dans une embardée sauvage à la Motorpsycho, puis de nous exfiltrer en un final vaporeux. L’art du contraste. Même anesthésié par ses nobles influences hippies, Elder fait preuve d’une belle énergie. Oui, les guitares électriques sont moins présentes, et oui, les structures ont tendance à suivre le même schéma, mais le principal reproche que l’on pourrait formuler à cet opus concerne le chant, bien trop fade, bien trop pauvre mélodiquement, bien trop dispensable. Quasi instrumental, Through Zero eut gagné à le devenir entièrement et ce n’est pas Sight Unseen qui nous contredira : enfin, Nick se tait ! Après un tel sommet, le disque se termine sur une ballade folk planante comme seuls les hardos savent en trousser, pas vraiment un slow, mais une chanson qui déborde de son cadre mélancolique, pour en devenir étrangement solaire. Infusé de krautrock et de réminiscences berlinoises, aventureux, complexe, hypnotique, Through Zero confirme le basculement du groupe vers le rock progressif, la transition géographique se doublant d’une évolution stylistique tout à fait réussie. Ich bin ein Berliner.