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Certains artistes – David Bowie, Agnes Obel, Thom Yorke – sont si magnétiques qu’ils pourraient chanter l’annuaire. Ils s’en privent rarement : on les écoutera néanmoins avec attention. Il en va de même pour le jeu de guitare, reconnaissable entre mille, de Vini Reilly. Impressionniste, pointilliste, expressionniste, cubiste, abstrait, le Mancunien tisse de ses doigts virtuoses des paysages éthérés tout autant que vibrants, entremêlant hooks faussement imprécis, arpèges délayés et motifs répétitifs. Autodidacte, il convoque sans prétention à son chevet tranquille – en un hétéroclite compendium harmonique – Claude Debussy, Paco de Lucía, John McLaughlin et Bert Jansch. Pas pour rien que John Frusciante le considère comme le meilleur guitariste du monde. Sous l’alias The Durutti Column, il est en 1978 la première signature du bordélique label Factory Records et poursuivra une carrière discrète, marquée par des problèmes de santé et une pause que l’on croyait définitive, son dernier album remontant à ce Short Stories for Pauline publié en 2012 et constitué de chansons enregistrées trente ans plus tôt. Sauf que Vini n’a pas perdu la main. En témoigne un intemporel Renascent, qui avec une grâce certaine égrène les pièces musicales contemplatives, infusées d’ambient, de sonorités électroniques et de rythmiques plus enlevées, qui verront – malheur – The Durutti Column lorgner vers le trip-hop (le peu convaincant Liars) ou le spoken-word (Scammer) : à croire que l’épure – y compris les (rares) espagnolades et les digressions jazzy (Your Shadow at Morning) – lui sied mieux, même si le cérémonial et très cinématographique For Friends Everywhere, orné de cordes et de trompettes un peu cheap, fait le job. Un album inégal, donc, qui tutoie les sommets quand il invite la chanteuse Caoilfhionn Rose, sur un Agonistes évoquant Dead Can Dance ou sur la ballade éthérée Sargasso Sea, portée par un piano et une basse linéaire. Quelques courts instrumentaux, tels que Echoes in the Memory et Vapour in a Matchbox, aèrent l’ensemble, mettant en relief le sublime Time Present and Time Past, construit sur des couches d’arpèges et des tintinnabulations lysergiques – beauté à l’état pur. Fort de ce précieux Renascent, en dépit d’expérimentations synthétiques flottantes et d’esquisses parfois convenues, Vini Reilly – respectueux de son propre héritage artistique – nous offre, en cette époque cacophonique, rien de moins qu’une parenthèse en suspension. Salutaire.




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