4 septembre 2026 / Une salle de bal vide, à peine éclairée par un lustre immense dont la majorité des ampoules ont rendu l’âme.
Une estrade, des rideaux gris métallisés, deux couples de danseurs, la cravate du chanteur dénouée. Il y a un côté Chris Isaak dans cette scène, mais très vite on se retrouve chez David Lynch, dans cet entre-deux où les souvenirs semblent avoir été tournés sur une pellicule trop vieille pour être encore tout à fait réelle. Avec Lo Amiti, Guy Offenbach revient dans la ville de son enfance avec ses fantômes, ses histoires d’amour peut-être imaginaires, ses déceptions qui recommencent en boucle. Haïfa n’est d’ailleurs pas simplement le décor du disque, elle en devient presque un personnage : les escaliers de béton, l’humidité, les rues que l’on croyait connaître et qui, avec le temps, finissent par ressembler à des décors de cinéma.
Il y a quelque chose de fatigué dans ces chansons, mais de tout à la fois réjouissant. Une fatigue qui ne cherche pas à se plaindre. Plutôt celle d’un type qui aurait beaucoup couru pour finalement revenir exactement là où il avait commencé.
Musicalement, tout semble avoir été laissé volontairement dans cette poussière. Le souffle de la bande, les réverbérations un peu trop présentes donnent aux chansons cette patine de vieux disque retrouvé au fond d’un bac. On pense aux slow-dances, au rock’n’roll déviant, à Joe Meek, mais surtout à cette esthétique rétro-futuriste où le romantisme semble toujours sur le point de basculer dans quelque chose de plus inquiétant.
Une sorte de chanteur de charme qui se serait retrouvé dans un no man’s land décrépi.
Et pourtant, Guy Offenbach continue de chanter.
C’est peut-être là que Lo Amiti devient le plus touchant. Derrière l’ironie, derrière cette manière de regarder les blessures avec une distance presque cynique, il reste une solitude bien réelle. Les chansons peuvent donner l’impression de ne plus croire à grand-chose, mais elles continuent de chercher quelque chose : une présence, un souvenir auquel se raccrocher, peut-être simplement une raison de remettre la musique en marche.
Alors les couples continuent de danser sous le lustre à moitié éteint.
On ne sait pas très bien s’ils sont heureux, s’ils se souviennent de l’avoir été ou s’ils jouent simplement le rôle qu’on attend d’eux.
Mais la chanson, elle, continue.
Et dans cette boucle un peu bancale, entre nostalgie, humour froid et mélancolie, Guy Offenbach trouve finalement une beauté assez inattendue.