8 septembre 2026 / Quelle sueur en ouvrant l’enveloppe contenant le CD des The Thugs. La feuille de presse même pas survolée, le disque glissé dans le lecteur avec une rapidité que je ne me connaissais plus. Les Thugs de retour ? Après avoir fait une croix sur Talk Talk, après la reformation de Sugar et dans l’attente toujours aussi vaine de celle des Smiths, ne serait-ce que pour voir Marr et Morrissey se foutre sur la tronche, il y avait de quoi avoir quelques palpitations.
Quelques secondes d’écoute et le doute. Soit nos Angevins s’étaient mis à la ganga avec une frénésie capable de mettre en difficulté le fournisseur attitré de la mafia marseillaise, soit une erreur de CD s’était glissée dans le fourreau. Mais ni l’une ni l’autre de ces hypothèses : c’est bien The Thugs, mais ceux de Nicola Giunta et Andrea Davi, un projet italien de studio qui explore les territoires du dub, de l’electro-dub, du post-punk et du psychédélisme. Et quelle découverte ! Mighty Tiger Dubs ressemble à une mixtape fumeuse et addictive, parfaitement adaptée à cette période caniculaire où la léthargie devient presque un état naturel. Les basses avancent au ralenti, les machines semblent avoir oublié l’urgence et les angles se dissolvent les uns après les autres.
Le disque donne parfois l’impression d’un Massive Attack qui aurait décidé de s’enfoncer encore davantage dans les brumes du dub, mais sans jamais chercher le grand geste. Ici, pourquoi s’énerver quand on peut faire fondre les pics jusqu’à obtenir une surface parfaitement plane ? Et pourtant, derrière cette apparente tranquillité, le projet raconte une drôle d’épopée : une île pâle, Kali, une attaque d’anaconda, une retraite dans les profondeurs, puis une cérémonie clandestine autour d’un feu avant l’apparition du fameux tigre.
Interdiction ici d’employer le mot tension. Tout est question de relâchement, de répétition et de fumée. Une musique qui semble avoir trouvé son refuge dans les bas-fonds, quelque part entre le dub jamaïcain, les marges du post-punk et une certaine psychédélie souterraine.
C’est presque un cousin de Noir Boy George, mais avec davantage de basses et moins de besoin de regarder derrière lui. L’underground de l’underground, celui où l’on ne cherche plus à sortir du trou mais simplement à y installer quelques lumières colorées.
Et puis il y a le décalage. Écouter Mighty Tiger Dubs au milieu des Vosges, avec la chaleur qui vous colle à la peau et les montagnes autour, produit un effet assez dément. Comme si Nicola Giunta avait envoyé depuis son studio une cargaison de nuit urbaine pour la déposer au milieu de la province. Le plus beau dans tout ça ? Je pensais écouter les Thugs. J’ai découvert The Thugs. Et j’y suis resté.