19 septembre 2026 / Non, John Carpenter ne fait pas les mêmes rêves que vous et moi. Le roman graphique Cathedral, publié par Storm King Comics et dont il a écrit le scénario, a pour point de départ la découverte, dans une église abandonnée, d’un cadavre retourné comme un gant. L’image fait froid dans le dos. Los Angeles, trois enquêteurs, des ruines, un mystère glaçant, le mal rôde, indéfinissable. Loin des plateaux de cinéma, le maître de l’horreur a consacré ces dernières années à faire fructifier son œuvre musicale, développant notamment la série des Lost Themes, soit des bandes originales de films de genre imaginaires (au programme, zombies, détectives privés, manoirs hantés), pour lesquelles il s’adjoint les services de son fils Cody Carpenter et de son filleul Daniel Davies, dont le paternel n’est autre que Dave Davies, le cofondateur des Kinks. Point de pop baroque à l’horizon, mais l’inimitable synthwave qui renforce l’atmosphère poisseuse des mythiques Assault on Precinct 13, Escape from New York et autres Christine. Lignes de basse lourdes, motifs répétitifs séquencés, nappes de synthétiseurs analogiques, changements de gammes inattendus : les thèmes composés par Big John – même nimbés d’une théâtralité kitsch qui parfois prête à sourire – sont indissociables des films qu’ils accompagnent, au point d’en incruster la mémoire du spectateur. Alors, quand on nous annonce que Cathedral serait une incursion dans le heavy metal, forcément, on tend l’oreille. On se rappelle le mésestimé Ghosts of Mars, on pense à Anthrax, à Steve Vai, à Buckethead, on s’imagine un truc grimaçant à la Kiss, on s’apprête à remuer la tête en faisant le signe du diable… et on s’emballe un peu vite. Plus heavy que metal, Cathedral n’a rien de grand-guignolesque. Au fond, ce n’est pas plus mal. Hormis quelques passages démonstratifs, épiques ou symphoniques, l’album évolue dans une synthwave teintée de doom, de fantasy et de post-rock. Travaillant à coups d’orgues majestueux, de pulsations sourdes et de chœurs synthétiques, le trio bâtit des climats lents, oppressifs, à même d’accompagner la narration – faute d’avoir lu la bande dessinée, on ne pourra qu’imaginer les pérégrinations des trois policiers en rade dans cette église infernale, mais l’ensemble s’écoute avec le même plaisir qu’il y a à se taper, un dimanche soir, une bonne petite série B horrifique. Les ténèbres vous appellent : à écouter toutes lumières éteintes.