19 septembre 2026 / Soupirs. Cet été, j’ai traîné des pieds à l’idée de m’enquiller le dernier album d’Olivia Rodrigo. Blasé, j’ai observé mes congénères de la génération X céder les uns après les autres au charme de la Californienne née sous les projecteurs de Disney Channel. « Bah oui, elle est mainstream mais elle a bon goût, regarde, durant ses concerts elle partage la scène avec Robert Smith, et puis elle a joué avec Billy Corgan... ». Et aussi avec Avril Lavigne et Billy Joel, hein. « D’accord, mais on sent chez elle une vibration underground ! Tiens, sur son nouvel album, il y a même une chanson qui s’appelle the cure... ». Oui, on dirait du sous-Smashing Pumpkins époque Siamese Dream, sauf que la guitare folk jouée uniquement en allers et un final épique, ça ne suffit pas à recréer la magie de Disarm. En interview, Olivia cite New Order et les Talking Heads, pour ensuite publier – en guise de singles – de la tambouille électro-pop : la rengaine synthétique et pataude drop dead, puis la complainte stupid song, qui démarre comme une ballade ouin ouin piano saucisse, tous poumons dehors (assisterions-nous à un retour en grâce des divas brailleuses type Mariah Carey ?), avant de se disperser dans une débauche d’énergie stérile. S’éparpiller. Le grand truc du mainstream actuel : les morceaux multi-registres, multi-fonctions, qui partent dans tous les sens. Poliment, on dira que c’est aventureux, sinueux ou kaléidoscopique, ce genre d’ânerie. En réalité, c’est juste confus, bordélique, sans queue ni tête. Et ça sonne comme un aveu d’échec. Puisque l’on est incapable d’écrire une mélodie ne serait-ce que correcte, on sort les biscotos et le MacBook Pro. « Regardez, je suis trop trop balèze, ma chanson change de tempo et de style toutes les dix mesures, c’est fort, hein ? ». Ce goût pour l’excès, on ne saurait l’imputer uniquement à la pauvre Olivia Rodrigo : c’est l’époque qui est comme ça – hypersensible, hypertrophiée, hypermarché. Par ricochets, ça rejaillit sur les compositions d’Olivia. Malgré la noble intention de ranimer la flamme fantasmée de la new wave et de l’indie-rock des nineties, jamais Olivia n’atteindra la luminosité harmonique des glorieux aïeuls dont elle se réclame. Sous ses doigts sous son chant pourtant agiles, invariablement la musique s’affadit – se disneyise (la rengaine maggots for brains), se teenmovise (u + me = <3), se barbieise (la folk begged et ses écœurants chœurs en sucre de larmichettes. Française, Olivia Rodrigo serait Superbus. Et son tube, en rotation lourde sur le Hit Machine de M6, serait l’acidulé pop-punk-grunge my way. « And here’s the part / Where the girl gets pissed / And the girl is me / Did you get that hint ? ». Ouch. A la lecture de ces paroles hautement inspirées, sans aller jusqu’à citer Jean Baudrillard qui pensait que - dans nos sociétés contemporaines - le signe avait absorbé et remplacé l’objet réel, je me dis que les Américains ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils nous vendent du vent, y compris de la rébellion en toc. Parce ne vous y trompez pas, sous ses oripeaux débraillés, la moitié du disque est constitué de ballades ultra-mièvres et conformistes. On est plus proche de Taylor Swift que de Debbie Harry. Enfin, la question qui brûle les lèvres du Gen X qui me lira : que penser de la présence de Robert Smith dans cette galère, lui qui vocalise sur la complainte synth-pop what’s wrong with me ? Bonne surprise, le morceau est correct et les refrains, légers, entraînants, entêtants, plutôt réussis. Espérons néanmoins que Smithy ne se sente pas obligé de rendre l’invitation. Rien que d’imaginer la présence d’Olivia Disney-Rodrigo sur le prochain album des Cure, j’en ai des boutons qui me poussent sur le cerveau.