21 septembre 2026 / On rêverait tous d’avoir une grande sœur comme Virginie Pinon. Du genre qui vous fait découvrir la musique du diable, vous file des clopes en cachette et vous laisse croire que la vie est bien plus cool qu’elle ne l’est en réalité, parce que vous la voyez à travers ses propres yeux. Après une quinzaine d’années passées sur les routes avec le duo Eddie et Ninie, Virginie pose son sac, s’initie à la cigar box guitar (dont jouent Seasick Steve, Samantha Fish ou Paul McCartney) et devient Little6ster. Sauf que little, c’est quand même pas beaucoup, quand on veut faire du tatapoum. Elle rencontre alors le guitariste Nicolas Bach et son percussionniste de frère, Cyril Bach, qui ajouteront une touche tribale à l’univers blues-rock de Virginie : ainsi naîtra en 2017 LittleBig6ster. Deux albums plus tard, le bassiste Gilles Théolier et le batteur Vincent Lechevallier montent à bord, permettant au groupe de franchir un cap scénique – ici, tout le monde assure les chœurs. Cette énergie débridée, on la retrouve sur le troisième opus du quintet angevin, un Mue organique, incandescent, enregistré en prise directe. Virevoltant, rauque ou tapant dans les aigus, fiévreux ou lancinant, colérique, parfois tendre, le chant de Virginie irradie tout au long des neuf titres de ce disque ébouriffant : c’est Amy Winehouse dans le bayou (Running Wild), Beth Ditto chez les Rednecks (Step Aside), Janis Joplin faisant chialer une foule imaginaire (Toy). Et puis le slow soul Alien, quelle merveille. Cinq minutes de pur équilibre, sur un fil tendu par la seule voix de Virginie, qui jamais ne relâche la pression, du grand art. Blues, garage, country, gospel, tout y passe. Au programme, des guitares folles qui tranchent en deux la brume électrique, des rythmiques échevelées (train beat, shuffle, groove raide comme un coup de trique), de l’harmonica, du didgeridoo et même du hip-hop, le revigorant Modern Tribe rappelant – allez savoir pourquoi – Urban Dance Squad. L’enchaînement Step Aside, Toy et Alien rendrait Jack White ivre de bonheur – brelan d’as. Que Mue se termine sur une reprise des Black Keys est presque anecdotique, tant la personnalité incendiaire de Virginie et la cohésion du groupe nous auront convaincus : demande d’adoption en cours.