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Chez ADA, la dernière fois qu’on a évoqué Kristin Hersh, c’était en 2003, à l’occasion de la sortie de The Grotto. La présence de Howe Gelb et Andrew Bird n’avait pas suffi à tempérer un chroniqueur particulièrement remonté. Depuis, la Géorgienne a publié – en solo ou avec les Throwing Muses ou 50FootWave – rien de moins qu’une dizaine d’albums, dont un seul fut ici recensé, et qui déplut fortement. Sugar on Blackstone va-t-il renverser la tendance ? Réponse rapide : en partie. Le douzième opus de Kristin Hersh est, à commencer par sa pochette immonde, indubitablement imparfait, sauf à ce que vous préfériez la Kristin rauque à la Kristin enveloppante. De sa voix éraillée, poussant dans les aigus comme un chat enroué, la première scande des airs peu mémorables, que la théâtralité forcée ne compensera pas, tandis que la seconde, murmurant, fredonnant, harmonisant, se nimbe dans un cocon réverbéré pour mieux vous caresser l’âme. Sommet que ce Dom in Orange, qui pourrait figurer sur le mythique Hips and Makers (1994) : guitare arpégée légèrement distordue, lancinant violoncelle, magma sonore duquel émerge un chant hanté… tout vibre et résonne et met en valeur une production à la radicalité assumée. Il m’arrive parfois de louanger un disque pour son caractère organique, à savoir un enregistrement en prise directe, analogique, avec de vrais instruments, où l’on entend le souffle, les hésitations, les grésillements, ce genre de détails que le numérique peut facilement simuler, mais Sugar on Blackstone est d’une toute autre trempe. Dans sa façon de souder entre eux les instruments, d’entremêler les fréquences parallèles, de saturer les arrangements, de refuser le silence, de le tuer en un bourdon perpétuel, cet opus – probablement mono – penche du côté du Velvet Underground. On est dans le plus pur artisanat, et rien que pour ça, le voyage vaut le détour. Alors certes, Kristin Hersh – ici épaulée par le batteur Rob Ahlers et le violoncelliste Pete Harvey – n’a jamais été une fine mélodiste, mais elle compense par une personnalité débordante et un goût certain pour la tension. Le diptyque couplet / refrain n’est pas sa came ; à la place, complainte orageuse (Moths, un chouia monotone), lente litanie planante (la nuageuse Ticking), ritournelle folk (Pink Nightgowns). Si l’introductive rengaine indie-rock Dark Eyed Junco emporte la mise, l’album ronronne et peine à convaincre sur sa première moitié. C’est à partir de la ballade 101 Run que tout se décante : refrains catchy, batterie au loin, tout grésille, on se dit que Kristin tient le bon bout. S’ensuivent la hantée Sundial, la mélodieuse alt-country Snow White Lies, Dom in Orange et le velvetien ’72 Stingray. Carré d’as. Des fantômes, du sucre et de la crasse, voilà qui sied particulièrement bien à cette grande dame du rock underground. Sugar on Blackstone est à marquer d’une pierre blanche.




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