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Je suis toujours un peu inquiet quand on me présente un disque comme celui d’un « super groupe ». J’ai immédiatement peur de devoir admirer avant même d’avoir écouté, et surtout de retrouver cette guitare majestueuse qui prend toute la place, comme si elle avait payé le loyer. Après le très touchant dernier album de The Durutti Column, j’avais donc une certaine appréhension à l’idée de replonger dans ce genre d’exercice.

Puis j’ai commencé à écouter Bright Madness comme j’écoute souvent ce type de disque : en isolant les instruments, en recommençant plusieurs fois, en essayant de comprendre ce que chacun raconte avant de remettre tout le monde dans la même pièce. Sauf qu’avec Wendy Eisenberg, David Grubbs et Kramer, ça ne fonctionne pas vraiment. Les trois semblent s’aimanter tout en donnant constamment l’impression d’être chacun dans leur monde. C’est précisément cette contradiction qui me plaît : impossible de savoir qui mène réellement la danse, et peut-être que personne ne le sait.

Neuf chansons, neuf thèmes, et parfois cette sensation que l’album pourrait gentiment vous pousser vers une forme de léthargie. Je commençais d’ailleurs à me demander si je n’allais pas m’installer confortablement dans l’ennui lorsque Theme for Nihilogisms est venu me tirer par la manche. Le monstre de l’album. Un titre qui semble hésiter à sortir de son terrier, puis se traîne dans des couloirs humides et des impasses sordides, éclairé seulement par quelques arpèges subtils et presque miraculeusement lumineux. Pantagruélique par sa durée, famélique et ascétique dans sa construction.

Il faut parfois écouter ce qui se passe derrière les lignes principales, ce petit bruit qui vient contrarier la belle mécanique. Theme for the Glacier Within Him fonctionne ainsi pour moi comme un précis de déconstruction écrit sur les bases d’un manuel de mathématiques que personne n’aurait jamais publié. On croit avoir compris où le morceau veut aller, puis quelque chose se décale.

C’est finalement ce que je retiens de Bright Madness. Un disque qui ne cherche pas tellement à imposer sa folie qu’à la laisser s’installer doucement, entre trois musiciens qui semblent parfois jouer ensemble et parfois dans trois pièces différentes. Et moi, au milieu, à recommencer mes écoutes instrument par instrument, sans être certain d’avoir trouvé la bonne porte d’entrée.




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