29 septembre 2026 / Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette voix blanche, éthérée, presque avalée par un mur du son qui aurait décidé de faire fusionner My Bloody Valentine avec les tentacules d’une pieuvre répondant au nom des Happy Mondays. Une rencontre improbable, certes, mais qui donne une petite idée du trouble dans lequel viragezero aime nous plonger. Ici, les guitares brumeuses, les synthés nerveux et les rythmiques électroniques ne cherchent pas vraiment à s’installer dans une forme confortable. Tout semble en mouvement, comme si le disque refusait de choisir entre l’abandon et la tension.
Il faut dire que le premier album de ce collectif genevois n’est pas exactement le genre de disque que l’on appréhende frontalement. Un melting-pot de sensations, de rythmes et de textures, avec des senteurs orientales passées au tamis de l’électronique, qui demandent probablement de laisser tomber ses réflexes d’auditeur organisé. Inutile de chercher immédiatement la bonne porte d’entrée : la spontanéité me semble ici la meilleure façon de procéder. On se laisse traverser, on accepte de ne pas toujours comprendre, et l’on finit par remarquer que quelque chose s’est déplacé en nous.
Les textes de Zoé Sjollema, nourris de fragments de rêves, participent à cette impression de réalité légèrement décalée. Sa voix ne vient pas toujours éclairer les paysages, elle semble parfois en être une brume supplémentaire. Les mots apparaissent comme des morceaux de conversation dont on aurait oublié le début, des pensées attrapées au réveil avant qu’elles ne se dissolvent complètement. Le disque avance ainsi par glissements, entre fatigue, solitude et envie de disparaître quelques instants, sans jamais enfermer ces états dans un récit trop bien ordonné.
Ce qui me plaît, c’est cette manière de faire cohabiter des influences qui pourraient facilement se neutraliser. Le trip-hop, l’abstract hip-hop, la dream pop et les dérives électroniques ne sont pas convoqués pour dresser un inventaire de références, mais pour créer une matière mouvante, parfois abrasive, parfois presque contemplative. Les rythmes semblent vouloir nous maintenir debout pendant que les nappes et les guitares s’occupent de faire bouger les murs.
viragezero est un disque qui ne se donne pas immédiatement, et c’est probablement ce qui lui permet de rester vivant. Une musique de dérive nocturne, où l’on avance sans certitude, avec cette sensation étrange de tourner en boucle tout en découvrant, à chaque passage, un détail que l’on n’avait pas remarqué. Un disque qui ne promet aucune sortie, mais qui sait rendre le chemin suffisamment trouble pour que l’on ait envie de continuer.