29 septembre 2026 / Les puristes qui nous lisent vont râler. J’ai adoré le nouvel opus de Chat Pile mais, plutôt que d’aligner les références attendues (Godflesh, Big Black, Jesus Lizard, Shellac), je vais me contenter de résumer ainsi le crépusculaire Who Loves The Sun : le troisième album du combo d’Oklahoma City est un condensé de slowcore accéléré et de grunge joué au ralenti. Slowcore, cette basse rampante, mise en avant, ces motifs arpégés, répétitifs et crasseux, cette saturation organique, telle que sur l’introductive Creature. Grunge, voire proto-grunge, cette Influence boueuse que l’on croirait interprétée par des Nirvana neurasthéniques – la tellurique Christabel ‘26 synthétise à merveille ces deux registres. A noter que Chat Pile – qui tire son nom des empilements de déchets miniers contaminés au plomb que l’on retrouve en Oklahoma, soit l’équivalent badass de nos terrils – a récemment repris Sifting et Scentless Apprentice. La filiation fait sens, mais si l’on creuse un peu plus dans les années 90, l’on trouvera des réminiscences indie-rock, et plus particulièrement de Lou Barlow. En effet, l’incandescent Deep Blue laisse apparaître une sorte de nonchalance à la Sebadoh – curseurs dans le rouge cramoisi, mais aucune démonstration gratuite. Pareil, pour la litanie October All the Time, qui rappelle Sentridoh. Ceci dit, le cœur du disque, teinté de sludge metal, est indubitablement noise hardcore, qu’il s’agisse de Family Funeral, du brûlot PEN I S MALL ou du bourdonnant Shrine. Les riffs bas-accordés, hérités du nu metal originel (Korn, Deftones), sont pour beaucoup dans l’atmosphère étouffante de cet opus – en témoigne la lancinante complainte Same Rules, orage sourd de décibels en tension. Dix titres, rien à jeter, y compris l’étonnante Intruder, qui s’aventure vers le post-punk et le math-rock, mais se termine sur du screamo pur jus, embarquant dans son sillage Claire Hannah et Brittany Sawtelle, du trio Nightosphere : un sans-faute, donc. Who Loves The Sun ? Certainement pas Chat Pile. Ici, le soleil est noir, il est ombre, il est toxique. Ce qui n’empêchera pas le groupe d’Oklahoma City de signer un disque magistral tout autant qu’éblouissant.