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  • 6 mars 2010 /
    Cvantez
    Cvantez par Cvantez

    réalisée par gdo

Plumette

— une chanson simplette ! 3 accords, et des solos enfantins. Quand on a voulu y mettre une vraie batterie, le coté candide et enlevé du morceau a disparu comme par enchantement. Et comme la boite à rythme d’origine était vraiment trop primaire, c’était l’impasse. Finalement, Vincent notre ingénieur du son a trouvé la solution en construisant une ligne de batterie caoutchouteuse avec des sons récupérés sur d’autres morceaux du disque. Je ne sais pas si c’est à cause de ce genre d’exploit qu’on l’appelle Magic Vince, ou parce qu’il est capable de rester patient avec les musiciens les plus retors.

Beaucoup plus que moi


— Bon, là c’est un peu « Magic Sandra ». Sur ce morceau elle avait de la place pour poser sa voix, pour une fois je n’en avais pas trop fait avec les guitares. Et la musique un peu mélancolique convenait bien à son humeur je crois. Au départ, dans le morceau d’origine, il y avait un son qui imitait le bruit que fait la pluie dans un jardin. Ce bruit incite à une rêverie calme, fortement empreinte d’une mystérieuse attente peut-être récompensée. Je ne sais pas quoi dire d’autre. On a pas gardé le bruit de la pluie, il n’y a que moi qui trouvait que ça y ressemblait, mais j’espère que c’est une jolie chanson.

Sous le soleil

— Rythmique martelée, guitare grésillante, le rock’n roll fait son entrée dans l’album. C’est pas trop tôt. Pour le solo un peu « vieux rock », Vincent a dû employer des détours afin de vaincre ma nature parfois trop sage à la guitare : on l’a enregistré très tard dans la soirée, après avoir bu beaucoup de calva chez le voisin (le disque a été enregistré dans une vieille maison normande). Sans ça je n’arrivais pas à me mettre dans la peau d’un rocker assumé qui joue son va-tout en faisant couiner un solo pourri. Dans cette chanson j’aime surtout le moment où le refrain arrive avec la voix de Sandra, et la fin.

Oiseau


— Voilà ce qu’on appelle un interlude. C’est un motif très ancien, que je n’ai jamais réussi, malgré plusieurs tentatives, à transformer en véritable morceau, parce que je ne suis jamais parvenu à trouver la suite, le reste, ce qui peut venir après. Alors on a choisi pour le jouer une guitare classique de seconde zone avec des cordes trop anciennes, et on a fait un interlude qui passe clopin-clopant comme un vieux colporteur qui vend des articles qui n’intéressent plus personne. Ou comme un moineau qu’on observe machinalement se poser, sautiller trois fois et repartir, pendant qu’on a une conversation à la terrasse d’un café.

L’aine et la nuque

— là je dois confesser une bourde : avec le recul et les réflexions désobligeantes de quelques amis, j’avoue que le titre est mal choisi. Ce morceau aurait dû s’appeler « Bonanza » ou « Les mystères de l’ouest ». C’eût été bien plus adapté aux arrangements. Mais au moment de donner un titre, mon cerveau était sûrement ailleurs, en train de songer à ces deux parties du corps humain si vulnérables et touchantes : l’aine et la nuque. Rien à voir avec l’harmonica, les castagnettes, les roulements de tambours et la charge de la Brigade Légère.

Coton


— damned, encore du rock. Pourtant la version de la maquette était plutôt « dance » et synthétique. J’aurais bien voulu avoir une voix sur ce morceau, là je trouve qu’on dirait un peu un cheval qui galope avec une selle vide, sans son cavalier. Mais je l’aime bien quand même, c’est un de ceux dont je ne me suis pas lassé. La batterie de Maxime est simple et tranchante comme il faut (depuis il s’est reconverti dans la musique médiévale). En général plus c’est rock et moins je me lasse vite. Peut-être qu’on se lasse moins vite de l’énergie que des mélodies.

Mustang

— je ne sais pas si ça s’entend énormément, mais pour ce morceau Vincent avait mis toutes les reverbs de tous les amplis à fond, et il avait placé des micros dans des endroits bizarres, à l’extérieur dans le jardin, et dans la cheminée, entre autres. Le batteur était fatigué, il a eu soudain besoin d’une sieste alors qu’on était pressé. J’ai dû taper sur les fûts moi-même, pas trop fort pour ne pas le réveiller. Quant à Sandra, elle a enregistré la voix dans un grenier glacial, en une seule prise parce qu’elle est frileuse. Je ne cherche aucune excuse. J’essaie de comprendre pourquoi ce morceau est différent des autres.

Petits hurlements de nuit


— les hurlements en question sont ceux des chouettes Effraie et Hulotte. Il faudrait parler de chuintements, car d’après le dictionnaire, la chouette chuinte. Mais « petits chuintements de nuits », bof. Un ami ornithologue m’avait passé ses cds compilant les cris des oiseaux d’Europe. Ce morceau est donc un hommage aux vrais oiseaux nocturnes, pas assez présents dans l’histoire du rock. A part ça c’est le morceau qui a été le plus compliqué à mixer, avec toutes ses guitares noyées les unes dans les autres. Mais Vincent n’a pas hurlé, lui, ni même chuinté. C’est un type assez nocturne, mais pas lunatique.

J’avais des habitudes

— Un morceau encore très bien négocié par Sandra, qui marche sur des œufs dans le couplet, et s’étire comme un chat dans le refrain. Et puisqu’on parlait d’animaux je tiens à signaler qu’au cours de cet enregistrement, nous avons été attaqués par des frelons qui s’introduisaient dans la régie par une fente du toit. Vincent rentrait la tête dans les épaules et continuait à travailler pendant que j’abattais les intrus à coups de poêle à frire. Ce disque a donc été enregistré dans un climat tendu d’alerte aérienne.

Trianon

— à l’origine ce morceau s’appelait « Attente traumatique sur les marches d’un trianon mutique ». Presque tous les titres d’origine faisaient 10 kms de longs. Et puis, en cessant d’être une musique purement instrumentale, le disque a cessé d’être prolixe dans ses titres.

Les amants de fumée


— une jolie expression qui n’est pas de moi, je l’ai trouvé dans un livre de Mishima, dans un passage où il explique que le seul amour vraiment durable est celui qu’on ne déclare pas. Il prône donc l’amour secret, jamais révélé à celui ou celle qui en est l’objet. C’est peut-être pousser un peu loin la logique issue de la constatation que l’amour est mortel. Il faut imaginer une société où tous les amoureux se taisent et gardent leurs sentiments cachés… Enfin, pour une fois le titre et la musique vont bien ensemble. C’est un morceau sentimental, du genre qu’on invente après une rupture, ou mieux, après une déclaration ne rencontrant aucun écho !



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