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Un nom d’artiste quasi imprononçable , un titre d’album sonnant comme un anti antalgique, il n’est fallait pas plus comme barrière pour des adorateurs des monosyllabiques que nous pouvons être, régressifs à nos heures (bla bla bla). Lisant les feuilles de presse comme un nerd acnéique lirait la notice de la dernière carte graphique que son père voudrait installer (eh dégage mpa’) je pouvais autant me mettre le doigt dans l’œil, que l’ensemble de la population téléphage avec Deadwood, car la facilité va cesser de nous séduire après ce disque. La mélodie serait presque un gros mot dans le lexique de la langue musicale actuelle. Les Stuart Murdoch ou Neil Hannon peuvent toujours faire le tronc des églises et demander une rallonge aux pieux, leur heure est comptée, on ne veut plus de douceur, on veut de la cascade, des pics, une topologie loin des lignes sublimes des mélodies soyeuses. Fort de cette constatation Sébastien Boess (aka Kaliayev, du nom d’un terroriste qui refusa de tuer le grand duc, alors accompagné de ses deux enfants, mais le tua une fois seul) prit un cap moins abrupt. Plutôt que d’abandonner son sens mélodique à la vindicte populaire, il demanda à celui ci à se fondre à une architecture sonore moins à même de faire briller ces fulgurances musicales. C’est chez My Bloody Valentine qu’il ira chercher cette science du brouillage de carte, ce contrat morale avec « l’intranquibilité », cette guerre contre la faciliter. C’est « L’aurore » qui se faufile se découvre, doucement la lumière monte, elle n’irradie pas elle guide, elle offre le spectacle de la vie, et par des cliquetis, des mignardises savamment orchestrées, elle donne au jour la vie. Puis se sont dans les veines de Bob Mould que « Hang On » nous plonge (« Lifestyle » n’est pas exempte de sa facture d’électricité sanglante), sentant son pouls au plus prêt, et voyant des fils électriques amener de l’électricité de partout. « Hang On » sait jouer de son charme avant de vous recouvrir d’un déluge de neutrons. « Pandora » par la suite n’est pas une boite facile à ouvrir, C’est un cure à l’économie, comme si Robert Smith courrait après le fantôme d’un Yann Tiersen lui même ayant les Notwist avec une fourche aux trousses. D’ailleurs « Don’t Snap Me » plus électro n’est pas très loin de The Notwist. Avec ce titre les lecteurs du dernier Houellebecq ne pourront qu’aimer écouter un tableau vide, car imaginer les tableaux de Jed reste une souffrance picturale rare. Ces « tableaux vides » réfléchissent des brides de dialogue qui font de la sonnerie de l’école une caresse de nostalgie, à la limite du chagrin. Toujours aux aguets de la moindre facilité, Sébastien fait de « Soldiers Of Our Empty Love » une chose étrange, semblant commencer par la fin, celle ci comme montée à l’envers. Drôle d’ambiance sur ce morceau tout en relâchement. Ici My Bloody Valentine fait plus qu’imprimer son ombre, il reprend vie, ne respirant pas le biais d’un titre très proche de leur univers. Et après le jour viendra le moment de baisser la lumière, de fêter la mort lente du soleil, sur une marche funèbre qui s’abstient du pathos que lui imprime les laborieux adorateurs de la larme facile. Le mot est graver, Sébastien explosera la dalle sur laquelle il l’est, sans pertes, sans fracas, mais avec des munitions bien plus destructrices pour les agents mortifères de l’ennuie en musique, le talent. Chapeau bas, et pas que pour me prémunir des derniers rayons du soleil couchant. Chef d’œuvre.




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