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El Botcho n’est pas une marque de haricots mexicains en boîte ni le nom d’un courant marin concurrençant El Nino. C’est le projet musical d’Alexandre, entouré de ses fidèles acolytes. Le garçon s’était illustré il y a 2 ou 3 ans par des marathons de l’Avent, en partenariat avec Rue89 ; l’idée était de produire une chanson par jour en réaction à une info du site Rue89. Figurez-vous qu’en moyenne une fois sur deux, la chanson était réussie, ce qui est remarquable vu le rythme et les contraintes de l’exercice. C’est dire si le garçon a du potentiel.

Venons-en à l’album « At the wrong place at the right time »…l’impression globale est avant tout cette fraîcheur simple qui se dégage des chansons. Est-ce dû aux belles mélodies ou à l’univers pop anglo-saxons à la Blur, Kinks, Beatles ? Ou à l’Outre-Atlantique et ses passages Beach Boysien et Beckien ? En effet c’est sans prétention que ce groupe nous délivre sa musique et enchaîne les riffs très efficaces, les refrains directs et évidents, les chœurs ahhhhhhh super plaisants, les appels de guitare où l’on se prend à headbanger. Et dieu que c’est bon ! Ça rappelle ce goût des bonnes choses et des petits plaisirs, vous savez, celui qui donne envie de saucisse Herta au bord d’un ruisseau ou de prendre sa voiture pour partir, n’importe où, juste pour la joie d’écouter de la musique…c’est sûr, cet album là sera dans la pile à prendre-absolument-dans-les-CD-de-vacances. J’ai particulièrement aimé la chanson « Sweet melody » qui ne sort pas de ma tête, les couplets de « Susan », les arrangements de la chanson « At the wrong place at the right time ». Les chœurs à l’accent typiquement britannique « Life is like a bottle » de la chanson « In the ghetto » ou la rythmique de « Wild style » sont du petit lait et nous donnent l’impression d’écouter des inédits de l’abum « Parklife » de Blur. Jouissif et addictif. Qu’on ne s’y trompe pas, faire simple et catchy c’est du boulot, donc chapeau. Et pour le coup on croirait ça enregistré en live, à l’ancienne en somme. Le côté vivant est palpable. J’ai d’ailleurs particulièrement été sensible à cette basse bien ronde et en avant dans le mix, et à la voix lead souvent doublée, du meilleur goût. Celle-ci rappelle parfois la voix de Jay Kay, le chanteur de Jamiroquai, par son aspect serré et compressé naturellement. Très plaisant.

Evidemment, il y a quelques aspects moins réussis : des thèmes légers qui semblent parfois tourner en rond, un accent américain quelquefois artificiel, trop peu de prises de risques musicaux (au contraire du pont un peu dangereux de « Wild style »)… Ces petits défauts ne retirent rien au talent mélodique vraiment poussé et travaillé d’Alexandre et au plaisir d’écouter ces chansons bien gaulées et sacrément efficaces, écoute après écoute. Cela augure du meilleur…pourquoi pas voir El Botcho tutoyer les anges ? Il préfèrerait les pélicans.

Le Toulonnais voue en effet un culte à ces oiseaux, qui apparaissent régulièrement dans son univers graphique, ainsi qu’aux moutons et à la nature varoise (voir pour cela sa trilogie de clips sur les monts toulonnais). Ok, pourquoi pas ! Voilà un gars qui n’a pas honte de sa région et qui fait vivre la scène locale à l’instar des Mina May, Appletop, des Leeds et autres. Il n’en n’a pas honte, certes, mais il a conscience de vivre peut-être « au mauvais endroit au bon moment » car Toulon ne semble pas « ze place to be » pour « percer » dans la musique. Cependant, avoir choisi cette expression détournée comme titre de l’album est aussi la preuve que ces considérations de lieu sont secondaires : quand on veut faire de la musique, on peut (« au bon moment ») ; et le reste on fait avec (« au mauvais endroit »).

Laissons-nous donc aller, écoutons sans bouder notre plaisir, ré-écoutons ce CD, partageons-le en mangeant un sandwich avec des copains. Me voilà reparti dans le trip Herta, il est donc temps de boucler cette chronique Je dirais donc que cet album, avec ses maladresses et non malgré ses maladresses, me rappelle ce que devrait être plus souvent la musique : du plaisir, de la simplicité, de la générosité.

Daniel Herrero, le fameux rugbyman toulonnais, n’aurait pas mieux dit.