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Intéressant. Très intéressant même. C’est ce que je me suis dit en découvrant l’album de Don Nino. Attention, ne pas déceler dans ce qualificatif une quelconque condescendance de chroniqueur blasé, mais comprendre plutôt que les chansons de « In the Backyard of your Mind » suscitent un réel intérêt.

L’esprit humain étant ce qu’il est, j’ai cherché dans un premier temps à raccrocher ce que j’entendais de l’album à des choses déjà connues. Ici, la voix de Nicolas Laureau aka Don Nino peut évoquer par exemple John Lennon, Syd Barett ou Kurt Vile, et la musique, quant à elle, une sorte de folk psyché aux éclairs post rockien chers au label Constellation …mais les chansons passant, on remarque que telle ou telle référence est en fait très subtile, pas trop appuyée en somme. Ce qui laisse à penser que décidément ces influences sont vraiment bien digérées, et que c’est bien une musique personnelle qu’on est en train d’écouter. Joie. Plaisir. Lâcher-prise. Pour le coup, on se laisse aller et on rentre facilement dans ces 11 chansons. Celles-ci sont souvent constituées de motifs rythmiques ou mélodiques qui se répètent en boucle, tout le reste se construisant autour, sans jamais tomber dans le n’importe quoi ou le collage artificiel. Par exemple sur « On the line », la chanson que j’ai préférée, on débute sur un couplet où l’on croirait Nick Drake chantant sur une musique de Dead Can Dance, puis un refrain super pop planant vient nous surprendre. Une ambiance réussie peut aussi se construire avec finalement peu de choses comme dans la chanson « Beats » qui nous propose une batterie bricolo et une petite guitare acoustique sympathique du meilleur effet. La suivante, « Myself by Heart », est aussi une réussite avec cette guitare nylon se faisant passer pour un oud - à moins que ce ne soit le contraire - et m’a rappelé les textures et ambiances sonores que produisent les canadiens de Do May Say Think. Don Nino, montpellierain d’origine, serait-il le caribou de l’Hérault, crisse de tabarnak ? Effectivement, tout ce magma sonore ne manque pas de charme et de joliesse, et les chœurs féminins de « Cuckoo » ou les guitares Godspeediennes de « I know The Snake » sont là pour nous le rappeler jusqu’au bout.

On sent de la maturité dans la composition et dans l’arrangement, et surtout aucun tabou ou interdit musical, le tout restant cohérent qui plus est. Intéressant je vous disais…C’est drôle, j’étais justement en train de réécouter l’album « Zander » de Scorn ces temps-ci, et je me disais que Don Nino chantant par dessus, ça n’aurait rien de choquant…c’est pour dire à quel point Nicolas Laureau sait s’affranchir des limites. Deux choses m’ont néanmoins gêné : la voix est un peu monotone - c’est le style musical qui veut sûrement cela - mais c’est un peu fatigant sur les 11 chansons et le propos s’en trouve un peu écrasé ; d’autre part le manque de « flow » vocal, quand le débit vient à s’élever, est parfois gênant. La qualité des instrumentations, les idées originales qui fusent et surprennent, les saillies de guitare bit crushées font heureusement oublier ces petits défauts.

Oui, c’est finalement au sein d’une nébuleuse hippie psyché folk vraiment envoûtante que nous sommes plongés. N’en déplaise à Cartman qui pense que « les Hippies ça craint » : une musique de Hippie pareille, créative et ne doutant de rien, je veux bien en découvrir tous les jours.