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Voici le troisième album d’Hospital Ships. Ce qui commença comme une aventure solo pour Jordan Geiger (Minus Story) est devenu un vrai groupe avec toute l’énergie que cela suppose. Le projet avait retenu toutes les attentions avec le très bon "Oh Ramona" mais cette fois-ci nous sortons de la chambre pour une aventure totalement différente sur la forme. Le fond reste cette étrange impression de douceur mélodique, surtout dû à la voix particulière qui pourra rappeler parfois Daniel Johnston.

Forcément on pense aux géniaux Flaming Lips dont le projet tire son nom, mais on pense aussi aux très bons Built To Spill. Une histoire de lignée donc, car Jordan en a lui-même une sacrée, entre Minus Story, son passage aux claviers dans The Appleseed Cast, (on retrouve d’ailleurs ici Taylor Holenbeck, pas de hasard) il y a de quoi faire ! Bref, hautement référencé c’est bien beau, mais ça ne garantit rien. Soyez rassurés, l’album en question est excellent, et je pense même que les filiations et références sont un plus sur la forme et l’esthétique, moins dans le fond qui reste avant tout très personnel. Ouf oui ! Hospital Ships constituerait donc une sorte de branchage, ou un affluent qui rejoint un même fleuve, mais qui est avant tout guidé par sa propre sensibilité, errant ci et là, nous guidant à travers ses textes souvent sombres.

En huit morceaux "Destruction in yr soul" convainc par ses aspects ambigus, à la fois clairs et puissants mais poussés par une lame de fond sombrement habitée. Dès "Come back to life" nous sommes happés par la puissance en retenue, les possibilités harmoniques qui sont comme des promesses. Promesses tenues par la belle délivrance vers 2mn30, le retour à la vie explosif et orchestral. "Joan Of Arc" pousse la dichotomie avec son côté entêtant mêlant fond pop et forme granuleuse. Voix trafiquée, son presque brouillon, l’effet rappellera "The Soft Bulletin" pour ce mélange d’accessibilité et d’ambition artistique dans le travail sonore (ah ces grosses guitares fuzzées). "If it speaks" continue dans ce sillon, la basse accroche magnifiquement, le tout est beau, rugueux parfois et très dynamique. Comme si rien ne pouvait contenir le propos, cette sorte de saturation générale (légère) trahirait-elle un état d’esprit ? On peut diverger là-dessus, ça n’en rend le disque que plus intéressant. Mais ça fonctionne surtout parce que le fond est là, les morceaux en dehors du travail de leur sonorité sont très bons. Imaginez-les épurés totalement et il restera toujours quelque chose de solide, quelque chose qui doit prendre racine profondément. Faîtes le test avec le merveilleux "Desolation Waltz" par exemple.

Coupant son disque en deux parties, Hospital Ships donne tout son sens au magnifique "Lost folk song", comme rescapée d’un passé qu’on a voulu noyer sous une couche de son. Le morceau n’en ressort que plus du disque tout en s’y intégrant parfaitement, sorte de partie immergée d’un imaginaire débordant, l’une cherchant le fond, l’autre à sortir la tête de l’eau.

Difficile de faire l’impasse sur un titre car ils ont chacun quelque chose à proposer notamment le bizarrement "sautillant" "All yr gold". Ce rythme qui prête à la joie, cette mélodie douce amère, la confusion nous hante à l’instar de l’impression que donne le titre sur la pochette. Une forme de mélancolie lucide hante peut être Jordan, qui préfèrerait s’en accoutumer que de la combattre ou d’y sombrer ?

Ce qui m’a fait y revenir sans cesse c’est la mouvance des impressions, l’impossibilité d’y fixer quoique ce soit et au final on se dira "à quoi bon de toute façon ?". Dérivons tranquillement sans trop se poser de questions, suivons "Servants" et son thème aux relents fin 60’s (on pourra y trouver une légère accointance avec leurs contemporains Unknown Mortal Orchestra). Vers 2mn40 on fera un bon dans le temps dans une explosion qui tient toute sa valeur par son absence de limite et sa fin brute. Retour au calme ? Tout dépend du point de vue. "Remaining light" nous ramène en tout cas au bord, saufs mais secoués, avec un petit goût de Grandaddy surtout dans la voix par moment.

Pourquoi chercher une ressemblance ? Pas tant pour expliquer le timbre volatil, mais surtout parce que Grandaddy développait aussi ce merveilleux sens du doute comme dans le magique "He’s simple He’s dumb He’s the pilot". Niveau esthétique ce n’est pas le même univers, mais dans le fond et la façon d’appréhender la mélancolie, un certain sens du beau et la joie, le tout dans un tourbillon de confusion très humain, je trouve une similitude. Celle qui caractérise d’une certaine façon les grands disques, qui nous échappent autant que le font souvent nos propres sentiments. Destruction in your soul...




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