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Il aurait pu ne faire que fuir. Nous aurions pu fuir nous même, ne pas faire cette rencontre dans ce détroit, ne pas regarder les horizons proposés, figeant ceux plus faciles à appréhender, loin de l’histoire, loin de la vindicte populaire, loin des possibilités du chaos.

Bertrand Cantat, citoyen français, ex chanteur du groupe rock français Noir Désir, groupe le plus important avec les Thugs revient au devant de la scène avec un projet du nom de Détroit, projet initié avec Pascal Humbert, musicien croisé notamment chez le 16 Horsepower. Voilà le décor est posé, l’horizon peut être regardé sans peur de s’y cramer les rétines parfois voilées par des pensées bêlantes. « Horizons » est un disque intimiste, pas intimidant. On y parle exclusivement d’amour, avec amour, tendresse, violence, et aussi paresse, quand Bertrand Cantat retombe dans son pécher mignon des jeux de mots, tel un Raymond Devos du rock.

On y chante divinement bien, même si parfois on pourra toujours pinailler sur des effets de manche (« Glimmer in your eyes » est à tomber). On y joue des ballades souvent cramées (superbe « Droit Dans le Soleil), consumées de l’intérieure mais encore capable d’offrir un souffle à l’extérieur. On y entend un musicien sous estimé qui donne à des chansons à l’os une enveloppe, offrant de la chaire à tout cela. On y entend du rock parfois, mais en sourdine, les désirs noirs jamais bien loin, mais le Serge n’est plus allumé pour que prions et chantions sa gloire.

C’est un disque d’ombre, de Ferré (reprise de « Avec le Temps » dispensable) à certains visages certaines figures. Les cicatrices sont béantes, et les pétales de roses ne pourront pas les recouvrir. On y entend les portes des prisons claquer, les réelles mais aussi celles de nos têtes, même si parfois le geste est téléphoné. On pourra y percevoir la souffrance mais jamais la demande d’aide, car ouais l’horizon c’est à toi de l’affronter et d’aller le chercher, de la toucher du doigt. Parfois tout rentre comme on s’engouffre dans un métro un soir poussés que nous sommes, la chanson est alors un prétexte, la musique l’ébauche d’un éloge.

Bertrand Cantat, est maintenant le chanteur d’un duo du nom de Détroit, et personne ne peut dire le contraire, et tourner la tête pour ne pas voir « Horizons » comme une œuvre certes bancale mais poétique et inspirée, est du domaine de la supercherie intellectuelle. On ne se brule pas à écouter la souffrance, à trop se l’approprier elle finie par nous bruler. Joli retour de l’enfer.




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