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Après avoir monté le label Ubik dans les années 90, et en plus d’animer aujourd’hui une des plus belles émissions de radio francophones, Mu - Contrastes en musiques mutines et mutantes sur Radio Campus Bruxelles, Philippe Delvosalle tient depuis 2012 à bout de bras le label Okraïna Records. A travers les trois sorties à ce jour de son label, il en a profité pour ressusciter le format 25 cm (ou 10’’) du vinyle, tombé largement en désuétude. Après avoir publié des enregistrements d’Éloïse Decazes (moitié de Arlt) et d’Éric Chenaux, puis une compilation d’interprétations de Larkin Grimm, Cam Deas et Paul Metzger, et en attendant un #4 qui se profile comme une collaboration entre Steve Gunn et Ed Askew, Okraïna Records a donc sorti fin 2013 ce superbe double 25 cm, magnifiquement illustré comme les deux premiers par Gwénola Carrère, et fruit de la rencontre entre les musiciens Ignatz et Harris Newman.

Comme pour le #1, Éloïse Decazes et Éric Chenaux, il s’agit ici de la réédition dans un format pour amateurs de beaux objets d’un cd-r qui circulait de manière confidentielle, ici un enregistrement live datant de décembre 2008 au Vooruit à Gand, dans le cadre d’une édition du Festival Etoiles Polaires dédiée aux artistes montréalais. Harris Newman vit à Montréal et a donc été invité par le Festival à se produire sur scène en tant que guitariste, même s’il est vrai qu’il est plus connu pour son travail de mastering que pour son travail de musicien : pour Constellation, sur les albums de Thee Silver Mt. Zion et Vic Chesnutt par exemple, ou plus récemment pour l’album d’Oiseaux-Tempêtes sorti l’an dernier sur Sub Rosa. Il accompagne, sur la scène du Vooruit, le belge Ignatz, bluesman des profondeurs, auteur, avec Can I Go Home Now ?, d’un des très beaux albums de 2013.

Même si le Political Song for Carla Bruni To Sing inaugural commence par un bon coup de Gakken, les cinq titres figurant sur ce disque sont d’abord et avant tout un brûlant hommage à la guitare libre, lancinante, belle et incandescente, la guitare folle, détruite, aphone et malade. Une rêverie de près de quarante minutes, rythmée tantôt par les incantations de ce chanteur abîmé à la voix si fragile, tantôt par cette guitare acoustique aux relents d’american primitivism. Une invitation à entrer dans un monde qui tourne sacrément de travers, un monde dans lequel les rois d’avant ont été déchus et réduits à l’état de détritus, un monde livré aux bandits d’en bas, ceux qui mettent la pagaille dans le rythme, ceux qui parlent de travers ou qui préfèrent se taire, ceux qui préfèrent la vie dangereuse et incertaine à la douce érosion. Newman et Ignatz sont de ceux-là, bien décidés à nous faire basculer nous aussi dans la clandestinité.




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