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D’abord il y a cette pochette sombre avec cette lampe blanche que l’on voit pourtant rouge dans les méandres de nos pensées...Il y a ces climats de menaces, ces ondes de l’intime qui brûlent... Il y a ces mots que l’on entend dans cette musique muette mais jamais vide...

Il est des actes militants mais qui se déjouent de toute envie politique... Créer de la beauté en ces instants qui durent où les vertus cardinales sont plus à chercher du côté de la médisance, du cloisonnement sur soi, de la petitesse, créer de la beauté donc, ce n’est pas que juste un bel effet de manche d’esthète certes magnifique mais vain... Non, ce n’est pas celà, créer de la beauté, c’est d’abord une attitude, une prise de conscience, une affirmation à vouloir saisir les bordures de nos fêlures....

"Quatorze pièces de menace", comme "Metamanoir" ou "Paroles de Navarre", nous saisissent et nous lacèrent... Ici point de prétention ni de pose appuyée... Ici, tout est dans le domaine, le registre de la suggestion, dans celui aussi de l’inconfort, de ces inconforts chers à Tim Hecker, John Luther Adams... La musique de Dale Cooper est de ces œuvres exigeantes, sinueuses et tortueuses... Tour à tour caressante puis dérangeante, tour à tour aérienne puis souterraine, le malaise cache dans les détails feutrés comme cette rupture déstabilisante dans "Brosme en dos-vert" en ouverture, quelque part comme le trait d’union entre le "Cosmos" de Murcof, la dissonance de Supersilent et l’évanescence d’Arve Henriksen....

Ici, il est bien question de menace et de malaise, pas de ceux qui vous prennent à la gorge et vous étouffent mais plus cette anxiété qui se propage comme ce corps dans cette eau froide qui s’engourdit lentement...("Nourrain Quinquet").... Ici, il est bien question de monotonie, d’atonie, de porte qui se ferme, de l’autre qui s’égare, de ce couloir sombre qui n’en termine pas de nous effrayer mais il y la voix d’Alicia Merz (Birds Of Passage, autre artiste de Denovali), il y a cette voix qui clame ces prières, qui chante les louanges et les regrets de nos cœurs éteints en ces veillées mornes en tenant notre main froide et immobile ("Calbombe Camoufle Fretin")...

Et puis il y a ces parenthèses comme autant de virgules défaillantes ("Oribus Sustente Lingue") avec ce désespoir à l’os entre la martialité du "Winds Devouring Men" d’Elend et la naïveté de facade de Badalamenti....

Ici, il est bien question de rupture, de conjugaison des malaises, du mal-être, à toutes les personnes du singulier et du pluriel... Entre les véillités bruitistes ("L’escolier serpent éolipile" qui doit beaucoup à la "Pink Room" de "Twin Peaks Fire Walks With Me") et les mantras désabusées et diaphanes de religions à définir ("La ventrée rat de cave").

Ici, il est bien question de ces esthètes du vide, ces Jon Hassell, ces Mark Hollis, ces Henryk Gorecki, ces David Sylvian qui ont compris que l’empreinte est à chercher dans la torpeur....("Il bamboche empereurs")... Ici, il est question de collages, de reconstruction, de jeu avec les espaces temps....

Ici, il a ces mêmes obsessions pour les mêmes Ballrooms surannés, de ceux que l’on trouve chez un Matt Elliott, chez The Caretaker de Leyland Kirby... Ici, il est question de quelque chose de l’ordre de l’hantologie, à faire se bousculer le torch singing des années 30 au desespoir cinglant 2.0 d’un Chet Baker à la virilité enfin affirmée ("Céladon bafre")...

Ici il est question de ces images monochromes de Guy Maddin, de cette reconstruction de temps imaginaires révolues, de ces jeux d’acteurs trop appuyés de ces vieux films muets.... Ici, il est question de tour de Babel, d’esperanto cacophonique, de murmures improbables, de dialogues que l’on ne comprend pas, de cet autre indéfinissable comme absent ("Ignescence black bass recule")....

Ici, il est question de sensualité qui dérape, de corps qui se dévoile dans la voix presque abimée de Gaelle Kerrien (Ex Beth, proche de Tiersen)

Ici, il est question d’envie de lumière même timide, même vacillante comme du côté de July Skies ou d’Epic45 ("Mange tanche")... Ici, il est question de retour aux quartiers lointains, d’avant tous les deuils, d’avant toutes les déceptions, d’avant toutes les amertumes ("Lampyre bonne chère")....

Ici il est question de nous...

http://denovali.com/dalecooper/




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