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Des hommes sans expérience nous le sommes tous devenus. Des êtres incapables de transmettre, de raconter autre chose que des banalités, des actes et des mouvements vides de sens. Divertis à en dégueuler. Et même si l’on pense le contraire, même si l’on se croit utile, on se trompe lourdement. Parce que l’époque, de plus en plus globale, est au néant. C’est ainsi. Lessiveuse universelle. Des corps, des cerveaux, des sentiments, des identités, des arts. Tout y passe, tout doit y passer, tout y passera. Pour satisfaire le projet totalitaire ultime, celui de faire de chacun d’entre nous des machines, non à éprouver mais à consommer. Massivement et sans affects. Juste des envies à satisfaire. Pas même des désirs, non. Des envies jetables. Immédiatement remplacées par les prochaines. Et que les ressentis profonds, les seules expériences authentiques nous quittent en hémorragie. On perd notre sang, on perd notre substance. On perd tout. Mais on sourit. C’est important ça de mourir en souriant.

Oui, mais voilà…Il arrive qu’un geste, un élan vital vienne jeter une pierre dans la vitrine. Qu’elle se brise alors comme la glace. Et qu’enfin, l’être humain retrouve sa plénitude. Sa liberté absolue. Son bien le plus précieux. Celui que le reconnecte à lui-même, aux autres, au monde vivant. De larmes et de chair. Ecouter Olivier Mellano, c’est, pour le coup, une expérience véritable. Une démarche, une musique puissante, électrifiée, gorgée de vie et de révolte. Une musique qui raconte, qui nous raconte, qui s’écrit et écrit. Une musique qui s’envole et nous montre la hauteur, nous blesse et nous répare aussi. Une musique qui se rappelle, et nous rappelle plus que l’essentiel. Notre condition humaine, les individus que nous sommes. Aux pas, à la voix, aux choix irrémédiablement personnels et singuliers.

« Les pas que fait un homme, du jour de sa naissance à celui de sa mort, dessinent dans le temps, une figure inconcevable »…Jorge Luis Borges. Ecoutez MellaNoiseEscape…