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Il y a des disques compliqués à appréhender, difficiles à apprivoiser, avares, sinueux, des disques timides, des forteresses qu’il faut aller chercher, percer, assiéger, des disques qui ne se livrent qu’avec le temps, ne se rendent qu’après plusieurs tentatives. Sortir de la tranchée, remonter au front, recommencer. Quand enfin on a percé leur carapace, leur système de défense, quand on a soulevé toutes les couches de ces mille-feuilles, on peut s’y lover, durablement, confortablement, y faire des projets. On a inspecté tous les recoins, et on se sent à l’abri des déconvenues, des déceptions.

Et puis il y a des disques à la générosité totale et immédiate. Des albums évidents. La porte à peine entrouverte on est déjà chez soi : on s’installe dans ce fauteuil club en cuir qui vous tend les bras. Pas pour pantoufler, non, on veut prolonger la force et la simplicité de premier ce contact, de cette émotion et de cette complicité naturelle. On sait que l’on ne se connaît pas assez, mais on est en confiance. On sait que s’il doit y avoir des surprises, elles seront à la hauteur de ce coup de foudre. Fluides, peut-être étonnantes mais jamais mauvaises. « Closing Time », le nouvel album de ce duo composé d’Erland Cooper et de Simon Tang (vétéran aperçu chez Gorillaz et The Verve entre autres), est de cette veine.

La chanson d’ouverture « Closing time » (!) est tout simplement épatante de beauté et de maitrise. De cette beauté classique qui élève et rassure, réconforte et inspire. La suite est à la hauteur : un travail d’horlogerie façon précision suisse, des mélodies imparables maitrisant toutes les nuances et tous les tempos de la palette pop classique, depuis la ballade dépouillée jusqu’aux compositions plus échevelées et plus complexes, D’une beauté pure, ce disque prouve s’il en était besoin que Erland et Simon font partie de ce club privé qui œuvre depuis des décennies au service sa majesté Pop : License to sing.

De Paul Weller (« Quiet Love ») à Micheal Head (« I Am Joan ») , de Neil Hannon (« Birth Of A Nation ») ) à Stuart Murdoch (« Is It Long ‘Til It’s Over »), de Roddy Frame (« Closing Time ») à Jarvis Cocker (« Wrong »), de Damon Albarn à Paddy McAloon, en passant par Lee Mavers on pourrait d’ailleurs convoquer tous les songwriters du Royaume-Uni à la barre : il est peu probable que l’un d’eux témoigne à charge contre Erland & The Carnival. Ils font partie de la famille.

Autour de cordes centrales, chatoyantes, soyeuses et fières, un piano délicatement insistant tutoie parfois le vide. Le duo, sait varier les caresses, flatter nos envies de couleurs acidulées, comme accompagner nos cœurs au bord du gouffre. Une ambiance qui peu à peu se resserre sur un fil où tout tient en quelques notes suspendues en l’air, un silence, une pause. À l’écoute de « Radiation » et « Daughter » on se plait à imaginer ce qu’Erland pourrait faire en décidant de laisser tomber le décorum, les habillages et les lumières pour l’intime musicalité de l’infime, en allant un jour fureter du côté de chez Mark Hollis.

Cet album n’invente rien, il fait mieux il syncrétise brillamment tout le savoir-faire et le talent de plusieurs générations d’artisans anglais spécialisés en pop song parfaites. Un classique qui possède sa propre voix, celle de Erland Cooper, sombre à souhait, mais capable à tout moment de ce détachement si britannique. S’il y avait une logique et une justice dans le monde du songwriting, "Closing Time », troisième opus du groupe devrait leur ouvrir les portes de l’Olympe.

Erland et Simon sont vos nouveaux correspondants anglais : complices parfaits pour des ballades en scooter à Soho ou des virées en décapotable dans la campagne anglaise. Brilliant indeed.




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