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Quand tout est frelaté, quand revient le temps des grandes peurs, quand tout nous effraie, quand tout nous agresse, quand à chacune de nos questions ne répond qu’un silence malhabile.

Quand on fait rimer décadence avec rance, quand on craint le barbare à nos portes, l’étranger dans nos maisons.

Quand on transforme le démodé en Vintage faussaire, quand les querelles intestines, quand les scènes de ménage, quand le linge sale se déballe en têtes de gondole, quand le bleu marine guette.

De parade en parade,de chausse-trappe en piège, de trompe l’oeil en errance, de confusion en mirage. Points cardinaux au métronome, virgules au diapason, points en suspension.

Où trouver des constantes, ces riens qui ne changent pas, comme nos pas effrayés dans la ville à la recherche de ces points de repère, ces amers, ces lieux qui sont restés comme avant ?

Avez-vous remarqué combien certaines personnes ressemblent à leurs vies ? Ces traits de caractère comme des résumés d’identités. Ces gens nimbés de mélancolie, de ceux que j’appelle des "Bonjour Tristesse".

Sans l’avoir rencontré, je suis sûr sans me tromper qu’Alma Forrer est plus de ces quelques rares personnes que je nomme "Instants de grâce". Fragiles équilibres variables entre naïveté, fraîcheur, fragilité et évanescence douce. "Instants de grâce" à coup sûr dans le tremblement de cette voix chevrotante qui n’est pas sans rappeler parfois la beauté de Daphné, le spleen étrange de Mouloudji.

"Instants de grâce" à coup sûr dans ces ambiances volontiers marquées par les années 70 trop longtemps dédaignées. La chanson populaire des années Pompidou ne se limitait pas à cette variété naphtaline à Maman. A quand une reconnaissance pleine du talent de Georges Moustaki, de Joe Dassin ?

Parfois, on ouvre un disque avec cette évidence, cette certitude qu’on y trouvera ce que l’on sait y être, qu’on l’aimera, la faute à pleins de paramètres, la faute à une intuition fameuse, la faute à des petits indices que l’on croit décoder ici et là.

Retrouver Baptiste Walker Hamon sur cet EP ne relève pas de la surprise, on se rappelle de la participation décisive de la demoiselle à "Peut-être que nous serions heureux" sur "Quitter l’enfance", premier production du jeune homme.

Sa présence n’est qu’un élément supplémentaire qui vient s’additionner à l’équation à plusieurs inconnus de notre excitation.

Profitons de cet espace là pour rappeler combien est importante la place du jeu sensible et doux de Mocke Depret à la guitare électrique. Cet activiste discret et humble qui de Holden à Arlt en passant par Midget, du nouvel album sublime à paraître de Julien Orso Jesenska à son projet avec l’ami Jean-Louis d’Imagho. Il ballade son talent et ses gammes aériennes marquées par Bill Frisell, Marc Ribot ou le trop oublié Don Peris.

Sensuelle la voix d’Alma, sensuelle le souffle de cette femme qui n’est pas encore submergée par les doutes, par le poids des égoismes ("Les jeux des autres").

Ecouter Alma, c’est retrouver ces instants d’avant, le quotidien qui fait de nous des êtres de calcaire, trop poreux pour être solides, trop opaques pour être sereins.

Ecouter Alma, c’est retrouver la sagesse désinvolte d’avant les attachements, d’avant les contraintes, d’avant les scléroses ("29 avril")

Chez Alma, il y a cette même attirance pour le magnétisme des Etats-Unis et qui ici doit autant aux Cowboys Junkies qu’à Laura Nyro. ("Où tu me mènes")

Ces temps-là, comme des temps de perpétuelle régénérescence, de nouvelles aubes, d’armées de rêves à accomplir, de ces décisions jamais définitives, de ces ardeurs innocentes, de ces croyances forcément incandescentes.

Ces parenthèses dorées, ces interludes que l’on sait à l’avance fait pour ne pas durer, comme ces caresses furtives sur ces quais de gare, comme ces messages d’amour glissés sous l’oreiller, comme ces soupirs mêlés et palpitants.

Ces désirs qui fusent, ce corps qui nous attire, ces vêtements comme trop d’obstacles, comme une seconde peau, comme une dédicace anagramme à la pudeur, comme un rébus indéchiffrable, comme une envie de revenir aux impatiences ("Bobby")

Quand tout est frelaté, quand tout sonne comme un décor, quand tout est boursouflé, quand tout est trompe l’oeil, quand tout est faux, il ne nous reste plus alors que cette minuscule petite chose qui jamais ne se dilue, notre sensibilité. Cette sensibilité qui irradie, qui révèle, qui permet d’oublier la peur de l’oubli, cette vérité présente dans ces quatre titres rares et forts d’Alma Forrer.




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