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Foin de la (pré-)mid-life crisis et des fautes de frappe dont mes chroniques sont habituellement truffées, voire Erik-truffées ; je fais appel à mon avatar junior pour celle-ci. Du haut de mes 19 ans, alors soldat motivé de la bataille des superlatifs (je déposerais les armes à 32 ans, Facebook m’a tuer) je découvre la plus belle chanson d’amour du monde (Angelo Spencer ne s’y est pas trompé, dont il sera bon de réécouter les deux reprises des Wampas dans le volontiers roots, obscur et cradingue et touchant album "Recorded" 2006), "J’ai avalé une mouche", et je vois aussi les seins de ma bien-mal-beaucoup-aimée de l’époque prendre dans mes souvenirs des proportions crumbesques (alors que je sais qu’ils sont petits et pointus) sous ce tee shirt moulant aux lettres pailletées, W Aaa(mp)aaA S, et, bon. J’allais dire que je me disais que et je me dis que rien, j’ai pas d’idées, je ne mets pas pour des causes mais pour le beat, comme Patrik Fitzgerald, auteur de la plus belle chanson d’amour du monde , "I’ve got a safety-pin stuck in my heart for you". D’ailleurs je ne me bats pas encore, j’encaisse, j’encaisse déjà et pas encore au point sur les pirouettes sémantiques qui font du bien je n’ai pas l’astuce d’appeler ça "se battre". Rhoooo, mid-life crisis again.

On s’en fout de tout ça, n’est-ce pas ? (ne répondez pas tous en même temps, c’est une question rhétorique). Un groupe qui s’appelle les Wampas vient de sortir un disque, et moi je connais pas très bien, je traînais la patte quand les copains faisaient circuler des OTH, des Bérus, des Gogol premier, des souris déglinguées, voire des Satellites (dont la vache spatiale dessinée par JC Menu a pourtant longtemps trôné sur le mur de ma chambre, jusqu’à ce que les effluves du radiateur électrique juste en dessous en jaunissent complètement les bords, nigaud) etc... La Mano Negra m’a fait son effet, le bruit du frigo et pas assez de toi, oké, le "Partir" des VRP dans sa version longue demeure un standard indestructible et impossible à reprendre, et (donc) : "J’ai avalé une mouche". Ah, et les Garçons Bouchers aussi, dont j’admirais le François. Jusqu’à ce que je me rende compte que c’était un musicien doué et multi-instrumentiste sous ses airs de bourrin punk, ce qui m’a incompréhensiblement déçu et fait laisser tomber. Je ne sais pas pourquoi, j’ai pardonné à bien des artistes que j’aime de se révéler "en plus" excellents musiciens, des fois ça fonctionne, des fois non, François Hadji-Lazaro non, je vous jure que j’aimerais savoir pourquoi. C’est comme Didier Super : je ne peux pas et je ne sais pas pourquoi. Je me sentirais enfin utile en tant que chroniqueur musical (oxymore ? Faith no more) si je savais pourquoi. Ah, aussi les Endimanchés et leur introuvable refaisage des manifestations DADA au Cabaret-Voltaire, choppé par petit bout sur France-Culture à une heure indue, aussi, ça c’était chouette, mais juste une minute sur une émission et après un titre sur une compile de Boucherie productions, sympa le titre mais bon, et c’est tout. Ah, et Stttellla, tout de même.

Voilà ce que je connais de ce que je crois être le terreau des Wampas, et en écoutant ce disque je me dis que là où je touche le plus juste est sans doute dans l’histoire de seins. Elle-même réinventée et déjà passablement fantasmée sur le coup (d’ailleurs j’avais pas de copine à 19 ans). Et les Ramones, bien sûr, mais les Ramones ce n’est pas mon truc. Je n’ai jamais écouté les Ramones que pour me faire des copains, quand les copains ont laissé tomber, moi ou les Ramones, ou les deux, c’est selon, je me suis retrouvé seul-à-seul avec une musique que je trouvais finalement triste et sèche et déprimante comme du Carlos à jeun. Bête mais sans sincérité, d’une bêtise trop bien réglée, compassée, finalement convenue. J’évite généralement de manier le concept de sincérité comme gage de valeur esthétique, car rien n’est plus casse-gueule et que le sincèromètre n’a pas encore été inventé, mais, hey (ho, let’s go), c’est ce que je ressens. Les Wampas sont devenus comme des Ramones, mais en sincères, gentils et que j’aimais. (Et dont je comprenais une phrase sur douze, comme les américaings). Je ne les ai vus qu’une fois en concert, précisément à jeun et Thiers ; je pensais m’ennuyer sans bière, et quand Didier Wampas a gueulé qu’il n’avait rien à prouver j’ai été comme transcendé et mes sarcasmes à jamais désarmés.

Quand on y pense, n’importe quel type aurait pu me gueuler ça dans les oreilles, avec une guitare ou non, j’aurais pu rétorquer, surtout sans bière, "ouais ouais, c’est ça, comme si t’avais besoin de me le gueuler dessus si c’était vraiment le cas", j’aurais pu faire mon smart-ass, mais là, le sincèromètre-qui-n’existe-pas a explosé. "J’ai attrapé l’amour" comme ils disent. "Je dois être un peu idiot". Ça me prend parfois pour des groupes et j’aime beaucoup ça. De grandes douleurs (desquelles au fond j’espère ne pas être débarrassé complètement, tant qu’à vivre) m’ont vu serrer les dents bien souvent, et la formule salvatrice et ricanante me revenait en tête, "Didier Wampas n’a rien à prouver". Cette espèce de fierté froissée et déplacée, ce dandysme déglingué, ce magnifique sourire en coin qui se moque de soi et de tout, une fois rentré dans ma tête en fait, ça ne m’a plus quitté, et maintenant j’aurais bien du mal à faire des choses sensées comme : chroniquer un album tel qu’il est (l’ai-je jamais fait d’ailleurs ?).

Les débordements et la mauvaise foi, les râleries, la mid-life crisis et les fautes de frappe (ah non ça c’est moi), le fait de se tromper et de s’en foutre, les pointes d’aigreur, la recherche de la faute de goût suprême, le petit coup impromptu de semi-dub expérimental dans "Toi et moi", la déploration de la mort de la variété française en "Mars 78", et "la difficulté d’être honnête" (et un artiste), l’amour coup de foudre et coup de vieux pour "Julie London", qui démarre comme une parodie de chanson de Christophe, jusqu’à ce que l’émotion déborde et qu’on se dise que les Wampas sont juste drôles et ne seront jamais parodiques, petits malins, geignards et mesquins comme soi, et qu’ils ont en même temps toujours eu un peu de tout ça, comme soi... D’autant que même si moi je préfère Margo Guryan et Claudine Longet, les chansons obsessionnelles de fan de chanteuses me touchent toujours, tiens, comme Stupeflip pour Mylène Farmer. Peut-être que le sincèromètre existe mais fonctionne bizarrement : soit il ne s’allume pas, la plupart du temps, soit il explose directement. Les Wampas font très bien la gueule et ne laisseront personne leur en tirer une à leur place ou quelque chose comme ça (bah je m’en sors pas avec cette phrase censée être une référence subtile à Gombrowicz, lisez donc Ferdydurke ça ira plus vite).

Bref, un disque de poésie contemporaine amplifiée "qui ne s’explique pas", gavé de larsens et de formules à la naïveté vraie et intelligente ("Ça doit être difficile d’être rappeur, trop de paroles à écrire" est la dernière que j’ai chopée, elle tombait à point) à écouter avec bonheur et en vélo mental, la bouche ouverte, vieux comme à douze ans, en traversant la vie (oui, c’est mieux, la mort c’est mauvais pour les oreilles).




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