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Vous savez, ces sensations internes, souvent froides, quand l’on rentre de plein pieds dans certains lieux, par tellurisme, par histoire, par ruine ou grandeur, par l’ampleur des vides entre les colonnes, ou encore ces frissons en entrant aux églises, quand vous lèche ce rayon qui traverse le cristal bleu d’un vitrail multicolore, ces sensations entre infime et rien, l’effet Gulliver, se sentir si petit, et puis être le titan, le kraken de ce monde, l’intouchable, l’archange, et le dernier des castes. J’ai mis l’écoute, et comme si le funambule glissait sous ma peau, je suis entré dans ce lieux, sur le territoire Cecilia ::Eyes, au lieux dit exactement « Bellflowers », une antichambre aux Versailles sombres, en poussant la porte des enfers de Rodin, sans savoir sur quel corps poser sa main pour ouvrir, le rayon est de non-lumière, mais transporte des particules d’or, dans l’ouverture, il est vrai, nous disparaissons, disparaitre, pour ailleurs, être. Je suis homme sensible aux ténèbres, depuis toujours et pour presque tout, tout ce qui touche au noir, les fleurs et mots du mal, les spleens et sorcelleries de l’âme, et les sonorités épiques, lancinantes, les corps réticulés des serpents qui déhanches sur les guitares leurs langueurs, ont une facile adhérence sur moi, les rythmes en dessous des peaux, les plages givrées et électriques, et les longues marches entre militaires et funèbres, ont pour mes yeux bien plus de diamants que cette couche de pétrole qu’on devine au premier regard, là, il y a de l’or, là, il y a des mythes étincelants, des légendes sages qui en sagesse vous berce comme on traverse le dernier fleuve. Et notre premier pas dans cet univers sonores accroche des sensations intérieures troublantes, si « Lord Howe rise » fait glisser vos pas sur les marbres calmes d’un monastère abandonné des dieux, comme une initiation avant l’illumination, si « Lord Howe rise » n’est là que pour teindre vos ouïes, habituer vos yeux a la nuit, « Loreta » entame la chevauchée, nul besoin de mots, puisque les litanies, les lamentations et liesses, nous les coucherons nous-mêmes sur ces notes, il s’agit d’instrumentaux ouverts a nos voix internes, a nos images générées sur l’onde sismique si fine, si câline, si charmeuse, si ténébreuse. « Loreta » sera pour chacun d’entre nous, une égérie, une harpie, une femme, une ombre, poussière de trésors, une guerre, de nos envies dépendra la victoires ou défaite, mais son rythme de fuite ne nous quittera plus. Puis c’est l’arrêt sensoriel, j’ai senti ce tremblement intense en moi avant, jeune, un jour où mes deux pieds se posèrent sur cette dalle brute de Montségur où brulèrent les derniers cathares, cette impression terrible d’être pris dans des bras, d’être témoin des vides et absences « Swallow the key » réveille des démons dans la chair même, hymne acide, l’oxyde de vieux fers sur le bout de nos langues, une mer qui s’immisce entre nerfs et muscles, tordant nos chairs en plaisirs aigres, des gouttes de citrons soniques sur nos plaies impatientes, des nuées de sentiments se choquant, l’inutile quête de rester froid, « Swallow » bouge déjà en nous, Disapearence efface, disappearence nous gomme pour mieux nous re-esquisser, dans cette autre cathédrale, loin du temple de nos corps, la cathédrale de nos esprits. Alors ne cessons la chute vers ces hauteurs, et s’ouvrent en nous des ailes enfin aptes a aller plus loin dans cette promenade de nous. « Default descent » est l’hystérie de l’inconnue, le thème le plus psychédélique, le plus follement désappris, l’illogique ingénierie, l’expérience, toucher du bout du pied l’eau pour savoir de la tiédeur, du congelant des auditeurs, jusqu’où irons nous dans vos crânes, jusqu’où vous laisserez nous entrer ? Jusqu’à l’intimité aigue et thriller de nos douches, dans ces « Isolated showers » jusqu’où nous lavons ces saloperies qui se collent a nous durant tout le jour et désirent résider dans nos nuits mêmes, mais que nos instants les plus nôtres, les plus personnels, nos propres caresses, se libèrent des crasses a coups de rages musicales calibrées comme revolvers et couteaux, enfin, la libération, l’élévation, enfin la sensation du lieux devient notre, enfin le lieux est nous, nous contrôlons les murs, nous entendons l’histoire, et la musique devient le transport de nos pas, nous ne marchons plus, nous régnons, nous flottons, sans avoir eu besoin de mots sur nos solfèges, nous sommes devenus rois, après la disparition, le phœnix est roi, matière sensorielle, forts, infiniment puissants comme ce thème « Reign ».

On ressorts de ces espaces sensitifs, on quitte les lieux, la sagesse acquise le long de ces musiques, renforcés par l’effet de ces mélodies, bien sur on croit avoir écouté ça durant les décennies passées, dans les sillons de vinyles de grands maitres obscurs, dans des messes post-punk, ou pré-gothique, bien sur on pensé maitriser ces particules, mais il y a des vents belges qui vont au plus profond de nos régions, qui pénètrent dans nos territoires comme on ouvre nos fenêtres a ces courants d’air, il s’agit là d’une visite guidée de nous même par des inconnus armés de mélodies aiguisées et organiques, une sorte de disparition d’ici, mais pas de ces ailleurs de nous.




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