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Ah Kimi Karki. L’évoquer sans faire une petite rétrospective m’est impossible. La première fois que j’ai été confronté à son œuvre, c’est à travers l’ultime Reverend Bizarre, groupe aussi puissant qu’un manifeste pour le traditionnal doom. Un groupe auquel je voue un culte aussi fort qu’à Orne, son penchant rétro-prog par les mêmes membres (bien avant cette insupportable et surfaite déferlante rétro hard et prog).

Venons-en au fait. J’ai suivi la plupart des aventures de Kimi aka Pete Vicar. Au delà du doom je sentais une racine différente qui rendait sa vision d’autant plus hypnotique. Je fais un autre crochet sur le doom justement. Si j’apprécie cette musique avec une telle ferveur c’est parce qu’elle représente pour moi le véritable contre courant. Par le simple fait qu’elle prend, et en quantité, ce qu’on a perdu : le temps. Rien qu’en cela elle est bien plus révolutionnaire (bien qu’abattue et sans espoir) que d’autres.

En apprenant donc que Kimi sortait un album folk, lui qui est fan de Neil Young ou encore Leonard Cohen, j’espérais y trouver une certaine mixité. Est-ce le cas ? A mon grand bonheur oui ! Son folk boréal est tantôt boisé comme une pépinière finlandaise, installe des atmosphères qui puisent dans ses références tout en renvoyant à ses lieux de pérégrinations. L’album m’a procuré l’effet que je recherche quand je vais en forêt : une échappée. Tout y est, le son, l’allure typiquement nordique et assez bûcheronne de l’homme (historien de la culture finnoise au look de Beowulf).

Dès que commence le chant, sa douceur étonne forcément pour qui ne le connaît pas déjà. Tout comme le jeu de guitare, les mélodies...Beau, simple, parfois plus sombre sans se morfondre dans la mélancolie, ce disque est un parfait compagnon d’évasion. Le songwriting est limpide, avec ses phases claires, obscures, et de magnifiques envolées.

Si comme je l’ai dit Neil Young ou Leonard Cohen rôdent (les chœurs somptueux), voire Nick Cave qui ferait Push The Sky Away ou No More Shall We Part à la sèche, le disque de Kimi sonne surtout comme façonné par son environnement. Non je n’ai jamais vu la Finlande, mais ça correspond totalement à l’image que je m’en fais. Et comme certains le savent, j’aime beaucoup entendre l’impact de son environnement dans un album, qu’une personne soit traversée et touchée par ce qui l’entoure. Je serais bien coincé si je devais vous décrire ces titres, car le disque donne une impression d’homogénéité notamment dans sa cadence, sa vision lancinante. Il m’est apparût comme une journée en forêt avec l’ascension de la lumière à travers les arbres, ses friches comme les doutes qui nous assaillent, ses moments d’apaisement comme les clairières qui nous émerveillent, des passages aussi sombres que le cœur d’une pépinière où l’orientation nous quitte, le crépuscule qui ne signifie pas forcément la peur (Le texte de "My name is free", entre nihilisme et tendresse). Quelque chose d’indescriptible mais aussi fort qu’une émotion qui se passe de mot, les mêmes qui m’habitent quand je quitte pour un petit temps (que je trouve toujours trop court), ce monde, son système, mon espèce. Merci Kimi, tu viens de m’offrir la meilleure bande originale pour mes échappées en solitaire. Un espace d’introspection total, enfin nourrit par des mélodies. Tu as mis mes errements en musique. Ce disque est une offrande pour tous ceux qui ont besoin de solitude afin de se ressourcer.




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