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Avec l’appellatif « lynchien », le terme « carpenterien » est fréquemment employé, depuis déjà longtemps, pour définir la musique de certains groupes ou artistes. Car de Tricky à Collapse Under The Empire, de Rapid Douglas à DyE, les BOF de « Escape From New York » ou « Assaut » sont ici des balises légendaires, des prémisses cultes… Cas d’école, John Carpenter : fils de musiciens, probablement meilleur cinéaste de sa génération, l’auteur de « The Thing », avec les moyens du bord et une volonté artisanale, tritura ses synthétiseurs (à une époque où la musique électronique n’était généralement pas utilisée dans le cinéma américain) pour accoucher de leitmotivs furieusement entêtants - du genre à marquer, ad vitam aeternam, les mômes que nous étions lors de la découverte stupéfaite de chefs-d’œuvre tels que « Assaut », « Fog », « Halloween »…

Cependant, le génie de Carpenter fut d’associer une musique hypnotique à des images fortes, inoubliables. Impossible, aujourd’hui, de réécouter la compilation « The Essential John Carpenter » sans voir instantanément défiler les moments clefs de notre enfance cinéphile : Laura Zimmer allumant la clope de Napoléon Wilson (« Assaut »), Kurt « call me Snake » Russel arpentant un New York en friches afin de retrouver « le président », Jack Burton toisant Les Seigneurs de la Mort, Jamie Lee Curtis qui marche dans les rues désertes de la petite bourgade d’Haddonfield (« Halloween »)… Dans le cinéma américain (toutes époques confondues), Big John imposa une corrélation rare entre l’émotion des images et un avant-gardisme musical totalement involontaire.

Triquard à Hollywood (comme Cimino et Friedkin), fort peu soucieux de retourner derrière une caméra, Carpenter annonçait, en 2014, non pas un nouveau film mais… Une BOF imaginaire. Ce qui obligeait à se poser LA question : que vaudrait, actuellement, un score de Carpenter sans images ? Le premier titre offert (« Vortex ») charmait la fibre nostalgique mais laissait dubitatif : comme un croisement entre bribes de « Prince of Darkness », « Big Trouble in Little China » et « Escape From New York », cette plage synthétique possédait évidemment la patte du maître - l’émotion en moins.

Il y a donc notre amour pour John Carpenter (au passage, l’un des rares metteurs en scène au monde n’ayant jamais filmé la moindre faute de goût - excepté le fatigué « Ghosts of Mars »). Et puis, tout frais, ce « John Carpenter’s Lost Themes » que nous attendions avec suées. Et là, désolé frères et sœurs carpenteriens : ce disque est une daube ! Sans Kurt Russel ni Tom Atkins à sublimer, Big John nous offre un duplicata embarrassant de Tangerine Dream. Non pas le Tangerine conceptuel, fascinant pour tout dire, entendu chez Michael Mann et William Friedkin ; non : celui débitant au kilomètre des guitares vulgaires et des synthés grossiers pour la firme Cannon (durant les 80’s). Carpenter se fait plaisir et tombe dans le progressif (Alan Howarth n’était donc pas là pour ramener John à de plus sages inclinaisons ?).

Déception à la hauteur de l’attente. Disque à très vite oublier. Berezina garantie chez tous les accros carpenteriens. D’un autre côté, bah : de John Carpenter, nous n’espérions pas un disque mais un nouveau film (alors, John, ce western avec Alfred Molina, tu le tournes quand ?). Effaçons donc ces « Lost Themes » pour retourner au principal : John Carpenter est toujours l’un des meilleurs cinéastes en activité.




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