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Étonnant : avec « Transfixiation », A Place To Bury Strangers abandonne l’héritage Jesus & Mary Chain et se réinvente en une formidable machine discoïde à en faire pâlir de jalousie aussi bien Nile Rodgers que les Pet Shop Boys. Ce n’est pas tout : sans guitare ni distorsion, le timbre d’Oliver Ackermann y révèle un don insoupçonné pour le cabaret et le music-hall (entre « Mother Fist & Her Five Daughters » de Marc Almond et « Cherish The Light Years » de Cold Cave). Ce renouvellement, aussi soudain qu’imprévisible, s’explique en partie par une joie de vivre, une sérénité bienfaitrice, que retranscrivent parfaitement les paroles de « Transfixiation ». APTBS y parle de « lumière à l’heure du petit déjeuner bacon / jus d’orange », de « tes yeux bleus qui ne donnent plus envie de se pendre avec la ceinture d’un futal troué », de « cet enfant que j’espère entendre bientôt battre dans ton ventre rondelet »… Oliver Ackermann est un homme neuf : il préfère dorénavant les synthés Roland aux pédales d’effet Death by Audio et ne jure que par Sigue Sigue Sputnik et Tears for Fears. Par contre, lorsque celui-ci déclare vouloir impérativement travailler avec Daft Punk, on se demande si, finalement, on ne préférait quand même pas son ancienne fixette sur les frères Reid. Il faut dire que… que…

Allez, arrêtons la bonne blague : bien sûr que rien n’a changé chez A Place To Bury Strangers ; évidemment qu’Oliver Ackermann ratiboise (encore et encore) l’axe « Psychocandy » / « Darklands ». Pratique, APTBS : on pourrait, à chaque sortie, ressortir la chronique du précédent disque et l’appliquer au nouveau – cela marcherait à tous les coups. Du reste, entre APTBS et l’auditeur, le contrat était limpide : les new-yorkais pouvaient sortir le sempiternel même album que nous n’y verrions aucune objection. Du moins jusqu’à aujourd’hui…

S’il est maintenant acquis qu’« Exploding Head » restera le sommet d’APTBS, la suite du parcours fut dignement prévisible : des albums (ou EP) identiques mais toujours gorgés de sacrées décharges fuzz, de voix macabres noyées sous les reverb, d’amplis surchauffés et de batteries fracassées… Une bonne raison pour féliciter « le meilleur groupe le moins inventif des vingt dernières années ». Avec « Transfixiation » pourtant, l’affaire se corse : plutôt monolithique, à moitié léthargique, APTBS livre un album sans adrénaline ni passion. Disque blasé, disque raté. Le bruit (la grande affaire d’Oliver Ackermann) s’exprime aujourd’hui à la façon d’un chat d’appartement plutôt qu’avec la fureur d’un tigre lâché en pleine Big Apple. Le comble : A Place To Bury Strangers joue trop longiligne, moins « Automatic » qu’automatique. Jusqu’à dire que « Transfixiation » signe la fin de notre amour pour APTBS ?




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