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  • 20 février 2015 /
    Fauve≠
    “Vieux Frères - Partie 2” (Fauve Corp)

    rédigé par Laurelau
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Fauve dérange, Fauve remue, Fauve énerve, Fauve fait pleurer. Deux ans à peine après la sortie de leur premier EP Blizzard, le collectif Fauve (car il s’agit bien ici d’une équipe, au-delà des musiciens que l’on voit en première ligne, il y a aussi des vidéastes, des paroliers, des graphistes...) vit une sorte de consécration qui le dépasse. Fauve parle de la vie, de ses détours, ses déceptions, ses joies, ses peines, avec une énergie du désespoir (et dans désespoir il y a espoir !) qui nous fait trébucher sans prévenir et nous envoie soit des tartes dans la gueule soit des baisers baveux. Les mots sont crus, assumés, font peur par leur violence et rassurent par leur sincérité. Personne, ou presque, n’avait osé déclamer de la sorte ses pensées les plus profondes, les plus intimes, les plus enfouies. Fauve dit ce qu’un grand nombre d’entre nous pense mais n’ose dire haut et fort. Peur du jugement, du regard des autres, incapacité à lâcher prise, tout ça fout la trouille et la boule au ventre, d’où un malaise face à ces textes scandés sans fard ni pincettes. Fauve se met à poil, assume et le fait bien. Ce nouvel album Vieux Frères est déclamé en deux parties, comme une introspection psychologique face à leur avancée soudaine vers le grand public et le succès, avec en filigrane, une amitié à toute épreuve au sein de leur crew, une amitié de frères. L’orchestration relativement sommaire est là où elle doit être. Comme sur Blizzard les guitares mènent la danse, une boîte à rythme, des machines et des samples font le reste, et des choeurs font s’envoler le tout au bon moment. Quant au chant, le débit est toujours au rendez-vous, incisif, créatif, il nous fait valser et palpiter comme une course à travers la vie. Des guests viennent rajouter une pincée de hip-hop qui fait sans aucun doute partie intégrante de leur culture et que l’on retrouve sur scène avec une énergie débordante.

Certains cerveaux ramollis feront le raccourci vers le cliché du petit bourgeois parisien mal dans sa peau qui ne devrait pas se plaindre mais qui le fait quand même, qui a tout pour être heureux mais qui ne l’est pas. Ce qu’ils oublient, c’est qu’on peut être nanti et malheureux, comme si bien narré dans "Saint-Anne" (morceau inédit). C’est une mise à nue, il fallait oser. Ils n’ont rien volé.