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Nous en avons des raisons de désespérer... Regardons les choses en face... Notre monde en voie de décomposition, nos politiques sans envergure, nos idées toutes rétrécies comme des replis sur soi, nos défilés et autres manifestations comme des cagoules sur nos bonnes consciences, comme des soufflets à notre bien bien-pensance rance.

Regardez l’Ukraine, Daech, la vague marine qui s’annonce, Charlie et ses symboles, Charlie et ses récupérations.

Regardez les humoristes tristes aux tribunes vides de sens qui prennent l’histoire comme un podium comparatif des génocides.

Regardez les postures de dénigrement, d’ostracisation des uns et des autres, les boucs émissaires faciles de nos reniements, les temps de cerveau disponibles des tubes cathodiques.

Regardez les ces "assistés" basanés béquillés par l’état providence qui viennent voler le pain des bons français et qui tuent nos dessinateurs.

Regardez les ces enfoirés merdeux qui viennent prêcher la bonne parole tout en lorgnant votre porte-monnaie et vos maigres biffetons.

Regardez les ces drones anonymes qui parcourent les rues des cités délaissées.

Regardez la cette jeunesse décérébrèe qui se vomit à force de shoot de Vodka et de bœuf rouge.

Regardez la cette viande rouge sans origine contrôlée, cette vieille carne...

Regardez la cette maigre pitance que daignent nous jeter à la gueule nos intellectuels naphtalinés, momies d’un autre âge.

Regardez les ces religieux frileux qui instrumentalisent dans les arrières-cours.

Regardez ces rues pleines de poubelles, de déchets.

Regardez ces épaves qui puent, qui polluent notre regard... C’est qu’ils nous couperaient presque l’appétit ces pouilleux à la sortie de nos boulangeries. La pauvreté, c’est pas possible le samedi matin à 08h00.

Regardez le le regard qui se détourne. Regardez les morts qui crèvent à la périphérie de nos villes.

Regardez la la petite pute qui s’offre presque à vous avec sa petite jupe rouge... Regardez la. On la secouerait vicieusement si on pouvait, on lui mettrait son compte mais ... Oh oui.. mais... On ne peut pas... Donc on détourne le regard...

On ne se sent même pas merdeux, bien trop émoussé, tout au plus anesthésié...

Regarder oui mais regarder quoi ?

Regarder oui mais regarder qui ?

Qui nous sortira de notre léthargie complaisante et tellement confortable ?

Le vieux prêtre trop occupé à s’écouter ? Le politique trop occupé à s’occuper et à nous occuper ?

Qui nous réveillera ?

Qui parlera à notre intelligence ? à notre sensible ? à nous ?

Ils sont peu ces gens qui n’oublient pas que face à eux, il peut y avoir une oreille, une écoute, une envie de catharsis.

Ces personnes qui savent souffler là où la poussière planque ce qui est indicible. Ces agents révélateurs de nos mauvais côtés. D’Arnaud Michniak à Pascal Bouaziz, de Michel Cloup à Summer, combien remettent le cerveau dans nos bouches quand d’autres nous égarent dans des démagogies inoffensives.

Nos années sont folles, trépidentes. Nous nous évaporons dans le rythme des like virtuels, cherchons la reconnaissance ultime de nous-mêmes.

"Les Saisons Du Silence", second album solo d’Olivier Depardon, ex Virago, arrive à point nommé.

Intègre, jamais moralisateur, il nous projette le monde à la face le monde au bout d’une fronde. L’espace de 10 titres, la terre semble tourner plus lentement. Nous pouvons nous voir plus clairement, triste analyse de nos erreurs, de nos jugements faciles.

"Il n’y a pas de peut-être, pas d’être de peu."

Pourtant l’ex Virago ne dit pas grand chose sur nous mais tant de choses évidentes nécessitent parfois des relectures, des décodages. Il nous parle de nos "intimes canons" avec cette plume virtuose, ce chant-parler à la fois chaud et désincarné.

Pourtant, nul misérabilisme ici, nul apitoiement sur soi, pas d’esbroufe, pas d’effets de manche futiles. La lecture calme et lucide, l’appropriation d’un monde.

Ici pas de martèlement de vérités sans discussion, pas de manifeste. La simple expression sensible.

Ici, des textes beaux et amples comme j’en lis peu. Des textes riches et sincères.

Un inventaire peut-être tout simplement, un inventaire comme un bilan, comme un retour sur notre résonance au monde, aux autres.

Un inventaire comme l’envie d’un geste, d’une trace dans l’air, d’une trace enfin perceptible.

Un inventaire comme un refus de se laisser échouer.

La réédition récente de "# 3" de Diabologum par l’excellent label Ici D’ailleurs rappelle toute la pertinence et toute l’actualité que conserve le groupe toulousain conserve encore aujourd’hui. Ce ne sera pas "Les Saisons du silence" qui viendront contredire cette allégation que la bande à Michniak et Cloup ont fait école dans cette tension nerveuse héritée du Rock et le flow sec du Hip Hop.

Limiter Olivier Depardon en suiveur serait non seulement ridicule mais aussi faux tant il se dégage de cet univers une singularité propre, une identité évidente. Trouver une filiation entre ces artistes n’empêche pas d’y trouver des différences notables.

Chez Olivier Depardon, il y a toujours du mouvement, de la lumière jamais loin, de l’ouverture. De lespoir...

Alors, certes notre société est désespérante, certes, nous sommes parfois, souvent pathétiques mais grâce à des oeuvres comme "Les Saisons du silence", au moins, pour quelques instants, nous en sommes encore conscients...

Conscients de notre petitesse, de nos gerçures aux coins des lèvres, de nos sarcasmes derrière nos sourires hypocrites, de nos beaux sentiments sans fond bien trop ponctuels, de la menace qui gronde, de nos synapses endormis, de nos arthroses neuronales, de nos rhumatismes égocentriques.

Retournez donc à vos regards sans scrupule, à vos regards comme des étiquettes dévaluées.

Nous, nous restons à l’ornière, préférant nous dissoudre dans "Les Saisons

Du Silence" avec "dans nos yeux, nos larmes brûlantes,vérifier l’impasse, arrondir les angles de tes tourments".




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