> Interviews



ADULTS

Nous sommes arrivés à Londres le dimanche 6 avril. Le pub du coin était rempli ce jour-là. Nos verres aussi. Le temps était radieux et on se sentait confiant, vaillant, quasi indestructible. On riait fort. Comme pour faire passer la tension, l’excitation et quatre années de doute. On était parti sur un coup de tête, prêt à tout balancer. Adultes, nous l’étions devenus sans vraiment nous en rendre compte et on allait tout faire pour y échapper.

CASUAL

La première rencontre avec Rory fut à la hauteur de nos espérances. Il portait des petites lunettes rondes, un vélo sur le dos et le bas de son pantalon replié sur ses chaussettes (vertes). Le bateau, lui, était rouge. Cela nous avait plu directement, cette idée d’enregistrer notre disque au gré des marées. Les hauts et les bas, pile poil dans le thème. Et on voulait faire partie d’un cercle. Parce-que c’est cool de faire partie d’un cercle. Chacun cherche son cercle.

MISTAKES ON FIRE

La vie à quatre dans la maison est assez simple. Deux dans le grand lit et deux sur le canapé. Equitable. La petite cour-jardin est orientée plein sud et les écureuils adorent passer un peu de temps sur la palissade qui nous sépare des voisins. On en oublierait presque pourquoi et comment on en est arrivé là. Des tiraillements, des erreurs, des espoirs déçus mais aussi de l’envie, de la rage et de la colère froide. Cette fois, c’est sur, on ne regretterait rien.

RUMBLINGS

Le trajet résidence-studio est plutôt court mais nous laisse le temps de gouter au rythme de la ville, de voir ses couleurs et reconnaitre ses odeurs. Le long du fleuve, même décentrés, on peut sentir au loin un bouillonement, une vibration qui n’existe nulle part ailleurs. L’impression de ne faire qu’un avec tous ces gens croisés de jour ou de nuit. Le gardien à l’entrée, les hommes pressés, la fille du night-shop, la dame aux cappuccinos, le poivrot de la taverne, le moustachu au regard sombre du kebab. Tous ensemble dans un même cri.

THE LIAR

Quatre ans. Quatre ans sans bruit. Quatre ans d’ennui. Et comme un déclic, un gimmick répété à l’infini. C’était dans cette pièce aux murs oranges que tout avait commencé. Mais nous devions décamper, nous étions prévenus. C’était écrit, noir sur blanc. Il fallait obéir. Suivre la procédure, le doigt sur la couture. On s’est retrouvé à la cave. Presque la caverne. Comme un retour brutal à nos débuts. Et c’est probablement ce qui nous a sauvé.

HAPPY ENDINGS

On décide d’enregistrer un maximum en live, pour capturer l’énergie sans gommer les défauts, les hésitations. Rory adore cela, nous aussi. Il faut le voir dans sa chaise de boucanier, penché sur ses écrans, scrutant les moindres scories et commentant à tout-va les idioties du monde. Les sessions sont intenses, on pourrait lacher les amarres et prendre le large. On le fait très bien sur Happy Endings. Même si David ne sait toujours pas prononcer le prénom du capitaine.

SMILE. NO

Samedi soir, Shacklewell Arms, quelque part au nord de Londres. Rory est sur scène avec PARLOUR et c’est la rencontre avec Angela. Depuis le début, on voulait une voix féminine pour ce titre lancinant, sorte de ballade glaciale qui pourrait être le slow de l’hiver. Ce sera elle, pas de doute. Il ne reste plus qu’à lui demander. Elle est juste là, à la table d’à côté. Elle enregistrera ses parties bien après notre départ, seule dans sa cabine et nous, à l’autre bout de la mer.

NIGHTBIRD

Plusieurs nuits d’affilée, nous errons dans les rues calmes ou agitées. Au grand dam de Didier qui, avouons-le, est plutôt un homme d’intérieur. La nuit, on en voit de toutes les couleurs. “La nuit, on ment, effrontément”. La nuit, c’est notre repaire, une passion cathartique, le moment où l’on passe le plus de temps ensemble, en formation serrée. La nuit, c’est notre garde rapprochée.

FOLLOW ME FOLLOW

Lundi. Le temps se gâte. La houle se fait sentir plus fortement, c’est parfait pour enregistrer Follow. C’est tendu, acéré et sans fioritures. Tout le contraire des matchs de catch que s’enfile Antoni pendant les pauses. On sait qu’on est sur le bon chemin, que c’est la direction qu’on voulait prendre et on se promet de garder le cap jusqu’au bout.

THE TROUBLE IS

Le problème, c’est qu’on est partagé entre deux sentiments. Le plaisir d’enregistrer dans l’urgence et l’envie de faire durer ces moments le plus longtemps possible. Alors, on s’amuse avec un rien. On imite les mouettes et on prend le soleil sur le pont. On parle musique finlandaise, jeux olympiques et cuisine asiatique. La Tamise monte puis redescend. C’est l’ivresse en profondeur.

FULL TIME HOBBY

Tout jeter dans la bataille, ne rien regretter. Vivre (de) sa passion, jusqu’au bout. Et exorciser le mal. Ce serait tellement plus facile sans ce chat horripilant qui nous bouffe les doigts de pieds et s’incruste entre les draps. Plus les jours avancent et les murs rétrecissent. On entend les voisins qui se balancent la vaisselle. Plongée dans les documentaires musicaux. Rire fort, à nouveau.

(I WISH I WAS) AWAKE

Comme souvent, Christophe a du mal à se réveiller. Les matins sont lents. De plus en plus lents. On aimerait retarder le départ, reprendre du rab et repartir pour un tour. Mais il faut bien se l’avouer, on est un peu au bout du roulis. On repense aux jours écoulés et c’est assez beau. Les adieux seront sobres. La passerelle est relevée, quelques gestes au travers des hublots et direction le monde réel. Onze jours en apnée, douze titres enregistrés. Comme dans un rêve.

By the sea all worries wash away.