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Ce fut Matthieu Malon qui, le premier, nous parla de la jeune Courtney Barnett. Avec une passion telle que l’on aimait déjà les chansons de la demoiselle avant même d’en entendre la moindre note ! Difficile, effectivement, de résister aux charmes de Courtney : des yeux bleus (les plus beaux depuis Meg Foster) qui balancent des textes à vif sur une pop slacker renvoyant à la divine Liz Phair de « Exile in Guyville »… Depuis, le buzz ne cesse de grandir. Son véritable premier album (après deux EP regroupés en une seule compilation), efficace « Sometimes I Sit and Think, And Sometimes I Just Sit », devrait logiquement permettre à Courtney d’atteindre la position de nouvelle icône indie-rock. Du coup, afin de ne pas schématiser le parcours de l’artiste, nous avons demandé à Matthieu Malon (comme un juste retour des choses) de nous parler de son rapport à cette belle australienne, de ses impressions live et de la réelle qualité de « Sometimes I Sit… ». Courtney par Matthieu.

ADA : Quand as-tu découvert la musique de Courtney Barnett ? As-tu immédiatement accroché ?

Matthieu Malon : En 2014 au tout début de l’année, un article d’un webzine la présentait comme le futur gros buzz pop-rock, un truc du genre. J’y suis allé juste pour voir à quoi ça ressemblait. Dans la journée, j’avais déjà ingurgité un paquet de vidéos de la demoiselle (les clips, des live...). Je tombais sous le charme immédiatement.

ADA : À ce moment-là, ta préférence allait-elle vers « I’ve Got a Friend Called Emily Ferris » ou bien « How to Carve a Carrot Into a Rose », les deux premiers EP de la dame ?

MM : Difficile pour moi de les dissocier car je les ai découverts via la compilation des deux singles, et finalement ils ne feront toujours pour moi qu’un seul et même album. Passé cela, le premier EP (donc le deuxième sur la compilation) est plus varié, le second plus monobloc et rock (peut être parce qu’un peu mieux produit), on tend davantage vers ce qui va se passer ensuite avec l’album paru cette année.

ADA : Tu as vu Courtney sur scène par deux fois. Quelles impressions et quels souvenirs personnels en gardes-tu aujourd’hui ?

MM : Le premier était très touchant. Et permettait de confirmer (après les vidéos vues sur le Net) que Courtney est une excellente « performeuse ». Elle chante vraiment aussi bien que sur disque et le trio fonctionne parfaitement. C’est pour finir une excellente guitariste ; y a pas de secret, un trio ça ne pardonne pas si un des membres est moins bon que les autres. Là, c’est juste parfait. J’ai eu la joie qu’elle joue un titre que je lui ai demandé, « Anonymous Club » - j’étais en transe. Après le concert, on a pu lui dire quelques mots mais elle était plutôt très réservée, et nous un peu faits... ça n’aide pas !

Le deuxième concert, il y a quelques semaines, était bien différent. La salle était pleine ce coup-ci, on peinait à se frayer un chemin pour mieux voir. Le son était très bon et avait pris une nouvelle dimension, plus rond, plus frondeur, les vieux morceaux avait pris en consistance et les nouveaux étaient diaboliquement électriques. Seul bémol : Courtney avait un peu perdu sa voix, trop de concerts à mon avis. J’ai tenté une récidive en demandant « Anonymous Club ». Echec cuisant...

La fille est plus assurée, le son plus étoffé, les chansons sont maitrisées sur le bout des doigts et on voit bien que le trio s’amuse, se fait plaisir ; ce qui est très communicatif. Après, il manque ce petit côté « artisan » que j’aimais bien l’année précédente. Peut-être que cela reviendra plus tard… Là, on sent que Courtney a envie qu’on l’entende et elle frappe fort. Elle est tellement jeune, elle a sa carrière devant elle ! On l’a également croisée après le show, juste pour la saluer. Elle partait boire des verres avec son groupe (ils semblent inséparables, ces trois-là). La salle s’est vidée après sa prestation, dommage pour Sallie Ford...

ADA : Courtney écrit des textes très intimes, parfois « crus ». J’imagine qu’étant toi-même un amoureux des mots, cet aspect-là ne te laissa guère insensible…

MM : Quelle aisance avec sa langue, quel humour ! Je pense qu’au-delà de la qualité de ses mélodies, c’est vraiment ce qui fait la différence ; on peut la rapprocher de plein de choses adorées, car oui c’est très bien écrit, près de l’os. On se demande même comment une fille si jeune peut déjà sortir de telles choses. C’est sans doute que derrière ses sourires permanents se cache une forte sensibilité, une fille qui a dû passer quelques mauvais quarts d’heure. Ses choix de reprises sont également très pertinents (Lemonheads, Breeders, John Cale). On voit que sa culture musicale (très 90’s, du coup) est impeccable.

ADA : Que penses-tu de son premier véritable album, « Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit » ? Quelle différence (ou évolution) constates-tu avec ses deux précédents EP (regroupés sur la compilation « The Double EP : A Sea of Split Peas ») ?

MM : C’est un très bon album, sans nul doute un des meilleurs de 2015. Elle l’annonçait elle même comme son hommage à Nirvana, je crois qu’il y a un peu de ça. Ce disque est le reflet de ses concerts depuis deux ans, un disque beaucoup plus rock et tendu. Je le trouve très réussi mais j’espère qu’elle nous donnera autre chose avec les suivants. J’aime beaucoup quand elle est plus posée, également. C’est un peu ce qui manque par moments sur ce disque. Et sinon la production est vraiment une totale réussite, d’une efficacité redoutable.

ADA : Courtney Barnett : future star ?

MM : On n’a pas fini d’entendre parler de Courtney Barnett, ça j’en suis persuadé.

Merci à Matthieu Malon




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