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Dominique, vous permettez que je vous appelle Dominique ? Et si je poussais encore, si j’osais, vous permettez que je vous tutoie maintenant que l’on s’est rencontré à La Carène à Brest le 21 avril, quelques heures avant la fin de votre résidence dans la Smac et peu de temps avant votre concert inaugural pour la tournée autour de l’album "Eleor" chroniqué en ces pages.

Dominique, tutoyons nous donc car depuis plus de vingt ans que tu nous accompagnes, tu nous es presqu’intime, familier et proche. Pourtant paradoxalement, ce n’est pas sans émotions que nous te rencontrons ce jour là en compagnie de deux des membres du blog Euphonies, Anne Yven et Yohann Bourgès. Ce sera donc une conversation à quatre personnes ponctuée ça et là par les cliquetis de l’appareil photo de Jérôme Sevrette présent pour immortaliser l’instant.

C’est un homme discret, gentil et réfléchi que nous rencontrons ce jour là dans la loge cossue de la Carene. Un homme à l’écoute.

ADA : Plus de 20 ans de carrière. Que de chemin parcouru depuis le projet John Merrick. Depuis 2012, depuis "Vers Les lueurs" et ta Victoire de la musique, ton public a singulièrement grandi. Comment tu expliques cette alchimie avec le public à partir de cet album ?

Dominique A : L’audience s’est élargie mais ça n’a pas radicalement changé la donne. On ressent aujourd’hui les effets de cette victoire ( je dis « on » parce que je ne suis pas tout seul) ce qui n’était pas évident sur le moment. Cela se passe mieux qu’avant oui, de façon très prosaïque ou terre à terre on le mesure à l’accueil du disque et les locations de salle. A force d’être là les gens se rendent compte qu’on… est là (rires…) Puis je dirai que je suis peut-être un peu plus ouvert un peu moins sur le qui-vive, par rapport aux médias, notamment aux médias généralistes, davantage prêt à aller vers les gens. Donc ça doit se ressentir : le fait d’accumuler les disques, de générer de l’intérêt par rapport à un travail, le fait que le nom circule, les choses se font naturellement sans forcing. C’est du long terme en fait !

ADA : Que dirais-tu au jeune Dominique A qui a reçu la victoire de le musique En 1996 ?

Dominique A : Bien joué (rires) ! Je n’ai pas de regrets par rapport à ça. Evidemment je n’étais pas dans le même état d’esprit aux Victoires de la Musique 2012, je me sentais à ma place alors que ce n’était pas le cas en 96, j’étais assis derrière la famille Sardou, il y avait Ophélie Winter, Jean-Jacques Debout, c’était un autre monde… J’étais une pièce rapportée, une erreur de casting totale. J’ai failli ne pas y aller et j’y suis allé dans la volonté de faire un « petit coup d’éclat », à partir du moment où je m’étais imposé cette contrainte il fallait que je le fasse. Par ailleurs il est de bon ton de dire que les Victoires c’est ringard. Pourtant ça a le mérite d’être une vitrine, peut-être pas de tout ce qui se fait en France, mais c’est aujourd’hui plus ouvert et représentatif que ça ne l’a été.

Euphonies : Passons à ton actualité. Ce qui nous frappe dans « Eleor » et dans d’autres albums récents, c’est cette envie d’évoquer l’utopie…

Dominique A : C’est drôle, on me l’a fait remarquer hier, c’est très brestois comme interprétation…(rires)

Euphonies : … Disons que cette idée de retranchement, d’isolement, d’un ailleurs, paraît très baudelairienne.

Dominique A : Je ne l’ai pas lu spécialement mais « n’importe où hors de ce monde » est une impression qui était présente sur d’autres titres, sur d’autres disques. Elle est présente en l’occurrence sur le titre "Eleor", c’est la plus symptomatique qui donne son nom à l’album. Mais je ne suis pas tant dans l’intention que ça, c’est juste le titre du disque parce que j’adore le mot, le son du mot. Certes, l’idée de la fuite a toujours été là, la première fois c’était dans l’album "L’horizon", la chanson titre était une histoire de fuite permanente. J’en rajoute une couche. Cependant à l’heure actuelle je suis incapable d’expliquer le pourquoi du comment, le sens de la chanson. C’est l’expression d’un certain rejet de la réalité, d’un certain dégout, et la volonté de fuir, de se refugier dans un lieu imaginaire.

Euphonies : Plus lumineux ? D’après les titres, le champ lexical…

Dominique A : Oui peut-être. Ca fait quatre disques qu’on me dit que c’est de plus en plus lumineux. Je ne sais plus quoi dire à ce niveau-là… J’ai l’impression d’être le lapin dans les phares (rires) ! C’est plus apaisé, plus ouvert. En tous les cas dans l’interprétation ça me paraît plus sensible, j’ai failli dire évident. C’est mon point de vue, pas forcément celui de l’auditeur. Il s’est passé un truc, je ne sais pas forcément quoi, un déclic qui s’est fait un jour sous une forme d’acceptation des choses.

ADA : Est-ce que c’est sensible pour toi ce passage vers une ambition musicale moins centrée sur soi, un récit plus collectif, symbolique, mythique ? Autrement dit, il nous semble que, chez Dominique A, il y a deux périodes : une première plus sombre, plus orientée vers l’introspection, et une seconde (en particulier depuis L’Horizon), plus orientée vers l’autre et vers le monde extérieur.

Dominique A : Oui, il y a une idée de collectif qu’il n’y avait pas avant. Ce qui illustre ça c’est en particulier la fin du disque, dans « Oklahoma 1932 » où la voix s’efface pour un chœur. J’y tenais. Je voulais raconter une histoire collective, une histoire humaine, il y a un caractère plus inclusif qu’exclusif. Avant j’étais tellement autocentré que je ne m’en rendais pas compte jusqu’au jour où je me suis dit qu’il fallait parler d’autre chose. Cela dit, même dans les premiers disques, le rapport à l’autobiographie était très ténu, j’ai toujours considéré que les chansons étaient des fictions, à quelques exceptions près : « Les terres brunes », « Rue des Marais »… l’envie d’être plus expansif, lyrique, tourné vers les autres s’est tout simplement faite avec l’âge, avec les expériences de groupe. Il y avait déjà ça dans « Tout sera comme avant », une chanson comme "les clés" qui parlent de migrants…

ADA : Ou "Le commerce de l’eau" ?

Dominique A : … oui, mais "Le Commerce de l’eau" est très métaphorique. A partir du moment où j’ai commencé à lire des bouquins ça s’est vraiment ouvert. Je ne lisais pas énormément avant 2001-2002, et puis c’est devenu compulsif.

Euphonies : C’est surprenant pour une œuvre fortement basée sur les textes ! Passer de la position d’un non-lecteur avoué, assumé, à celle d’un écrivain affirmé (puisque dans votre actualité il y a aussi la publication du livre « Regarder l’Océan ») …

Dominique A : Oui d’ailleurs j’ai du mal à l’assumer. Je ne suis pas écrivain. Je considère plutôt être auteur au sens général…

Euphonies : Alors un conteur plutôt ? Un créateur d’histoires, de fictions ?

Dominique A : Davantage dans les chansons que dans les bouquins où je reste plus proche de l’autobiographie, fictionnalisée, ou plutôt « autofictionnalisée ». Ce qui m’intéresse dans l’écriture en prose c’est l’écriture elle-même, le style. Le fait de le faire et d’y arriver. De produire un objet. De le produire et un jour d’avoir le plaisir de le recevoir. L’impression d’être en haut d’une montagne… de laquelle on redescend très vite parce qu’il fait froid ! J’aime l’idée de produire des objets, j’achète moi-même des disques des livres donc j’ai cette volonté d’être acteur de cette histoire globale qu’est la création contemporaine.

Euphonies : Quel est ton rapport à l’écriture ?

Dominique A : Il est global, à la base je pensais que l’écriture de chansons me suffisait et je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas. C’est passé par des chroniques régulières dans des journaux. Et après il y a eu un coup de pouce et d’aiguillon qui est lié à Brigitte Giraud l’éditrice de Stock – La Forêt qui est auteure elle-même et qui aime beaucoup ce que je fais musicalement et qui a proposé de m’éditer. Elle est revenue plusieurs fois à la charge et j’ai mesuré la chance que cela représentait. Je suis conscient que si je m’étais présenté anonyme à elle avec le manuscrit d’ « Y revenir » je n’aurais pas été édité. J’essaye donc d’être à la hauteur dans mon travail, d’aller au delà de ce qui m’est donné, de faire réellement un travail littéraire et qui ne soit pas de l’ordre du caprice même si ça reste pour moi encore une activité en marge de mon travail principal de musicien, de chanteur. Je ne me vois pas ne plus écrire. Tout en sachant que si trace je dois laisser cela s’inscrira du coté de la chanson, je ne me fais aucune illusion par rapport à ça.

Euphonies : N’y a t-il pas une part de volonté de mettre un coup de projecteur, voire une part d’opportunisme dans le fait de publier un ouvrage au moment de la parution de votre 10ème album, qui est forcément attendu ?...

Dominique A : Oui il s’agit effectivement de l’opportunité de mettre un livre en avant, mais n’y a pas d’étude marketing aussi machiavélique ! Si l’ouvrage s’appelle « Regarder l’océan » c’est simplement parce qu’il est question de deux temps d’écriture qui sont concordants, les thèmes se recoupent, les textes du livre sont en relation directe avec les chansons du disque. Il y a des passerelles, même si l’approche, dans l’écriture de chansons ou de prose, n’était la même ! Ce n’était pas du tout le cas avec le précédent livre « Y revenir », qui n’avait rien à voir avec le disque paru juste avant, la distinction était claire. Là, au lieu de masquer cet état de choses, j’ai voulu établir un lien et ai demandé à mon éditrice si cela la gênait qu’il y ait un lien entre le disque et le livre.

ADA : Revenons sur cette phrase que tu as prononcée un jour en interview : « ça me fait flipper d’écrire des chansons périssables ».

Dominique A : Toujours cette histoire de la trace… Je ne suis pas très « pop » en ce sens même si le paradoxe des grandes chansons pop est d’être impérissable. De toute façon être artiste c’est travailler pour laisser une trace, même si c’est pour une décennie dans le meilleur des cas. En face, il y a seize ogives avec la puissance de mille Hiroshima dans chacune, ça fait relativiser et en ce sens tout est dérisoire.

(Dominique parle ici de l’ile longue, base militaire des sous marins lanceurs d’engin au large de Brest).

Il faudrait pouvoir se contenter de simplement faire les choses, les diffuser, les faire vivre. Pourtant je ne cache pas mon plaisir d’entendre les gens me parler 25 ans après du "Courage des Oiseaux" avec des trémolos dans la voix. Que les chansons puissent nous accompagner le temps d’une vie est déjà pas mal ! J’essaye de faire en sorte que ce que j’ai fait dans le passé soit toujours pertinent par rapport à celui que je suis devenu, et surtout pertinent pour les gens qui me découvrent aujourd’hui. C’est également une chance qui m’est donnée de pouvoir continuer à créer tout en donnant rétrospectivement un coup de projecteur sur les travaux antérieurs. C’est une construction sur le long terme de ce qu’il faut bien appeler une « œuvre ».Je suis désolé d’utiliser un gros mot, mais un jour un ami me l’a dit comme ça « T’es en train de réaliser une œuvre et puis c’est tout »

ADA : Et dans cette œuvre, quelle serait la ou les chanson(s) impérissable(s) selon toi ?

Dominique A : « Le Courage » c’est évident. Et peut-être qu’une chanson comme « Eleor » peut rester. Mais ce n’est pas à moi de le dire…

Euphonies : De toute façon dans ta démarche de création on ne sent pas la volonté de faire LE tube qui va forcément rester, avec « l’angoisse de la page blanche » qui va avec…

Dominique A : Non, il n’y a pas d’angoisse de la page blanche, plutôt l’angoisse de ne plus avoir de « jus » pour créer. Mais en ce sens je ne sens pas la pression des gens, davantage une pression intérieure d’avoir des choses à raconter, de pouvoir avoir ce plaisir de voir naitre un texte, sans cette idée de la perception des autres. C’est ce sentiment d’inutilité qui m’angoisse. Si je n’arrive pas à écrire quoi que ce soit. Au moment où l’on presente un disque ou un livre, on est sorti de cette période active. Au moment où l’on en parle, la créativité est à peu près nulle ! On attend donc le moment où cela va se remettre en route. C’est le cas en ce moment, du coup j’ai acheté des carnets blancs ce matin (rires…)

ADA : Comment perçois-tu cette réaction d’un certain public, celui admiratif d’un album comme « Remué » qui pourrait reprocher à Dominique A d’écrire aujourd’hui des albums différents, plus « mainstream » ? Dans une interview , tu dis de « Remué », considéré par beaucoup comme ton plus bel album que tu t’emmerdes furieusement en l’écoutant, que son côté donneur de leçons et moraliste à deux balles t’agace...

Dominique A : (Il hésite…) Chacun fait ce qu’il veut. J’assume « Remué » à tel point qu’on en joue quelques morceaux ce soir. Cependant, je reproche à ce disque une interprétation trop « blanche », ce qui tire le disque vers le bas. Le même disque avec le même son mais avec un chant différent aurait pu être un très bon disque. Je voulais à cette époque que le disque sonne comme ça. Aujourd’hui je m’ennuie en l’écoutant, sur 54 mns c’est trop monocorde. Heureusement, en jouant certains morceaux de cet album sur scène je me rends compte qu’ils s’intègrent totalement au reste du répertoire. Il y a donc aussi une part de démystification ou de dénaturation de ce qu’est le disque. On en a exagéré la « sombritude » (rires…) Il s’est passé la même chose lors de la sortie de « Vers les lueurs », j’avais l’impression qu’on parlait de la Compagnie Créole, il ne faut pas exagérer (rires) ! Je n’ai pas l’impression dans le fond que le contenu de mes disques soit si différent que ça. C’est davantage le chant ou les options de production qui sont différents. Les chansons de « Remué » seraient arrangées avec des cordes et on parlerait peut-être d’un disque apaisé.

Euphonies : Cette question du chant justement : De « La Fossette » jusqu’à aujourd’hui, il y a une évolution notable. C’est particulièrement sensible sur un titre comme « Eleor ». Comment as tu travaillé cet aspect ?

Dominique A : Au son, ils m’appellent Jacques Lantier maintenant (rires) ! Du temps de « la Fossette » je chantais déjà très haut. Mais c’est surtout la scène qui explique cela. Le fait de chanter sur scène depuis 20 ans modèle la voix. Je n’ai pas travaillé spécifiquement en dehors, j’ai eu un seul cours dans ma vie, je suis plus un chanteur instinctif que technique. Il suffit d’écouter les sorties de console pour constater que ce n’est pas le travail d’un chanteur aguerri. C’est une façon de chanter très typée, personnelle…

Euphonies : Mais qui semble de plus en plus maitrisée ?

Dominique A : C’est aussi le fait de s’entendre et d’apprendre à s’écouter. Ca m’a pris un temps fou d’apprendre à entendre ma voix. Ce que j’entendais sur mes premiers disques était « une idée » que je me faisais de ce que c’était réellement. Et un jour je me suis entendu ! C’est ce qui arrive à celui qui s’entend pour la première fois mais moi ça a duré quinze ans (rires) ! On nie nos faiblesses. C’est parfois dur d’entendre sa voix et maintenant on ne peut plus dire que c’est la bande qui fluctue ! Il y a eu chez moi pendant très longtemps une forme de déni. Aujourd’hui ça va beaucoup mieux. Parfois, je pense maitriser une chanson et quand j’entends le résultat je constate qu’il reste une marge de progression. Et puis le rapport à l’amplification est toujours délicat.

Euphonies : A ce titre, il semble y avoir un travail de plus en plus important autour du « live ». Quel est votre rapport aujourd’hui à la scène ?

Dominique A : La scène n’est pas pour moi le lieu privilégié pour l’épanouissement de la musique mais davantage un lieu pour progresser, pour rencontrer les gens, pour faire vivre les chansons. C’est un espace qui me permet de progresser en tant qu’auteur, compositeur, interprète. En ce sens cette résidence à La Carène a été quelque chose de très excitant. Ce qui va être présenté ce soir est encore fragile, ce qui est normal tant qu’on ne l’a pas présenté aux gens. Le disque et la scène sont complémentaires. Le fait que la production de chaque disque soit typée est lié au travail antérieur sur scène. Soit, l’expérience scénique accumulée explique le son du disque, soit, il nait une lassitude de présenter les chansons avec un son identique et ça donne envie de faire autre chose en réaction. Au bout d’un an de tournée, j’ai souvent envie de faire autre chose, de partir sur d’autres pistes. On tente des choses en répétition, parfois pour s’amuser, et il en ressort parfois des idées intéressantes, ce qui est favorisé par ce contexte de la scène, le contact des musiciens. C’est un « work in progress » permanent.

ADA : Parlons maintenant de ta passion pour la musique. Les gens ne le savent peut-être pas mais il existe une version double de l’album Eleor / Autour d’Eleor. Sur ce second support, plus confidentiel, transparaissent clairement des influences New Wave qui peuvent faire penser, par exemple, à Cocteau Twins…

Dominique A : Oui. Tout à fait. J’ai acheté une nouvelle guitare en fait (rires). Plus sérieusement l’enregistrement de ce disque annexe est lié à l’achat de cette nouvelle guitare et l’envie d’en jouer. Il n’y a quasiment sur ce second disque que de la guitare, et quelques effets réverbérés comme un prolongement de ce qui existe déjà sur « Eleor ». Je voulais faire ma petite parenthèse « new-wavo / post rock » en solitaire, quelque chose que je ne voulais pas forcément développer dans des chansons, mais davantage comme un petit objet sonore poétique avec cette idée d’un son assez aquatique qui rejoint le premier disque. Contrairement à "La Musique / La Matière", je ne le considère pas comme un double album. « Autour d’Eleor » est davantage un objet d’accompagnement pour ceux que ça intéresse vraiment. J’aime cette idée de pouvoir glisser en douce un objet d’accompagnement qui va finalement être plus largement diffusé, dans ce cas à quinze mille exemplaires, que si je le sors à part à mille exemplaires.Autant "La Musique/La Matière", il y a vraiment ce truc de double album non assumé,ce que je trouve bête d’ailleurs aujourd’hui. Il aurait fallu le revendiquer comme tel, faire un seul album qui aurait été double. Cela aurait été plus honnête finalement. Là c’est plus un petit objet sonore pour ceux que cela intéresse vraiment. J’aime cette idée de poésie sonore.

ADA : Quels sont les artistes qui te parlent actuellement en France ?

Dominique A : Il y a pas mal de gens dont j’aime le travail, même s’il n’y a rien qui me bouleverse. Le 6 titres de Guillaume Stankiewicz m’a bien plu, comme le dernier disque de Baden Baden, La Féline… Dans les derniers arrivants, j’aime vraiment beaucoup le travail de filles extrêmement douées comme Maud Lubeck ou Messiah. En musique française, la femme est l’avenir de l’homme (rires) !

ADA : Pendant très longtemps en interview tu citais tes influences, aujourd’hui beaucoup de gens te citent. Quel est ton sentiment vis à vis de cette évolution ?

Dominique A : Le problème est que je ne suis pas là quand ça arrive (rires) ! Bien sûr ça fait plaisir, c’est un signal de reconnaissance, l’impression de sentir une utilité sociale, collective. Je ne me sens pas isolé, je me sens inséré dans une histoire, je passe le relai. Je suis heureux que la scène française soit beaucoup plus vivace, excitante, qu’à mes débuts où nous étions avec Katerine, Miossec, Boogaerts, Vanot comme des ilots, ce qui était un peu désespérant.J’ai l’impression d’être dans un ensemble de gens et c’est beaucoup plus réconfortant.

ADA : Tu parles de scène francophone ou de scène française ?

Dominique A : Oui francophone. J’aime beaucoup les gens qui ont un rapport fort à la langue française, qui s’expriment dans leur langue.Il n’y a pas de jeu de masque. Même s’il y a des francophones brillants qui chantent en anglais comme Cascadeur ou Syd Matters, j’accorderai toujours plus de crédit à des gens qui s’expriment dans leur langue, il y a une forme de vérité plus marquée, cette impression qu’on est plus proche de l’os. Quand on emprunte une langue étrangère, c’est la création d’un personnage un peu bowiesque, ce qui ne me ressemble pas ! Je ne suis pas très bowie, je suis … moins glamour (rires) ! Je tiens à l’idée d’épure et de justesse. Quand on chante dans une autre langue on ne peut pas être dans un rapport de justesse totale avec ce qu’on est. Le danger est aussi de se retrouver à faire de la musique de « fan », d’imiter des modèles anglo-saxons. Enfin, il y a aussi un aspect politique : chanter en anglais c’est chanter dans la langue dominante, et pour moi c’est poser un genou à terre. J’ai déjà « chanté » en anglais, ou plutôt baragouiné, mais justement ce qui me gêne dans ces cas-là c’est la distance. Chanter en anglais, dans ce cas, c’est de la phonétique, avec des accents toniques qui peuvent paraître séduisants par rapport au français. Si je chantais en arabe ce serait encore autre chose. Je crois que la langue appelle le son et le français appelle cette monotonie qui en fait aussi la force.

Vous pourrez retrouver l’interview de Dominique A dans Le Cabinet Des Curiosités, l’émission de Greg Bod prochainement.

Merci à Anne Yven et Yohann Bourgès du blog Euphonies avec qui nous avons partagé ces instants d’interview et de concert.

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Toutes les photos sont de Jerome Sevrette, merci à lui.

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Merci à la Carene Brest pour son accueil et particulièrement Ariane pour sa disponibilité de chaque instant et sa gentillesse.

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Merci à Dominique A bien entendu

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